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J'ai pu me tromper sur des hommes, sur des faits ou sur des circonstances, mais je n'ai rien à regretter de l'intention qui m'a fait agir.
(Robert Brasillach à son procès)
Ainsi, aux yeux du Philosophe, Cesare Battisti ne devrait-il pas risquer d’être emprisonné pour avoir incité au crime ses compagnons d’armes, par ses écrits et prises de positions idéologiques, pour autant qu’il n’ait pas lui-même mis à exécution ses mots d’ordre terroristes. Dans le cas de Robert Brasillach, il est non seulement « plausible », mais même certain qu’il ne prit jamais les armes, si ce n’est pour aller se battre contre les nazis en 1939 (n’ayant pas suivi les exemples de sabotage ou de désertion du Parti communiste inspirés par le pacte germano-soviétique, tel celui de Maurice Thorez), et qu’il paya son adhésion au fascisme d’une salve de fusils un petit matin du 6 février. En toute logique, BHL devrait donc s’indigner, avec tous les trémolos dans la voix dont il est capable, que Robert Brasillach ait été exécuté pour ce « seul crime », similaire à l'"erreur de jeunesse" de Battisti (après celle du quadragénaire Polanski...), et militer, avec toute la fougue qu’on lui connaît, pour la réhabilitation de l’écrivain.
Comme quoi, Bernard-Henri Lévy n’imite pas seulement François Mauriac sur la forme, il va même en l’occurrence plus loin que Saint-François des Assises !
Le Bulletin célinien reproduit dans son dernier numéro (n°314, décembre 2009), une lettre inédite de Céline à Robert Brasillach.
Dans un dossier sur la peine de mort publié par le magazine Flash Infos dans son numéro 27 (19 novembre 2009), deux articles évoquent le cas de Robert Brasillach (page 7) :
- l’un de Pierre Le Vigan : « La droite "dure" est souvent pour. C’est tout de même un paradoxe car, de Brasillach à Bastien-Thiry, ce sont ceux de ce bord qui se font fusiller. » ;
- l’autre d’Arnaud Guyot-Jeannin : « […] politiquement, la peine de mort ne doit pas être instrumentalisée contre les ennemis du système. J’ai trop en horreur l’exécution ignoble de Robert Brasillach et de Pierre Laval qui n’avaient fait que servir leur pays. »
Éric Roussel, Le Figaro, supplément "Littéraire", 12 novembre 2009
Dans les années 1970 paraissaient de loin en loin des livres d'un certain Bernard Faÿ, qui devait disparaître en 1979. Le
dernier de ces ouvrages, consacré à Rivarol, sortit en 1978 ; curieusement, il ne comportait aucune présentation, même sommaire, de l'auteur. Après avoir lu la savante et passionnante étude
que vient de consacrer à ce dernier Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, on comprend mieux pourquoi. Figure du Tout- Paris intellectuel de l'entre-deux-guerres, spécialiste reconnu
de la civilisation américaine, élu à ce titre au Collège de France à moins de quarante ans (il était en concurrence avec André Siegfried !), Bernard Faÿ se métamorphosa en effet pendant la
guerre en collaborateur patenté de l'occupant. Administrateur de la Bibliothèque nationale, il s'illustra par le zèle avec lequel il poursuivit de sa vindicte les Juifs et mena une véritable
croisade contre la franc-maçonnerie. Condamné aux travaux forcés en 1946, évadé quelques années plus tard, gracié en 1959, il eut une sinistre fin de vie, marquée par l'amertume et la certitude
d'avoir été victime d'un complot.
Pour Bernard Faÿ, issu d'une famille de la bourgeoisie parisienne et catholique, la vraie vie commença pendant la Grande Guerre. Réformé, affecté à la Croix-Rouge aux armées, organisée par le comte Étienne de Beaumont, personnage central de la vie parisienne de l'époque, il gagna là son ticket d'entrée dans les salons, s'initia à la littérature, et fit la connaissance de nombreux citoyens du Nouveau Monde, en particulier Gertrude Stein. Rencontres décisives.
La paix revenue, Faÿ s'embarqua pour les États-Unis, enseigna à Harvard tout en revenant souvent à Paris où il continua de fréquenter Proust, Cocteau, les musiciens du groupe des Six, et les dadaïstes. «Il était alors, note Antoine Compagnon, un parfait homme du monde, et en plus un intellectuel aussi à l'aise à Chicago ou à San Francisco qu'à Paris, à la Sorbonne que dans le faubourg Saint-Germain.» Aux États-Unis, il publia des biographies de Washington et de Benjamin Franklin qui obtinrent une audience appréciable, à Paris, il collaborait à de nombreuses publications, et informait le public français des réalités américaines.
L'élection au Collège de France couronna ce départ en fanfare. À l'époque, Bernard Faÿ ne faisait pas figure d'extrémiste, même s'il écrivait dans des journaux clairement engagés comme Je suis partout. Il gardait assez de liberté de jugement pour faire dans ces colonnes l'éloge de Franklin Roosevelt, qui à ses yeux réveillait une Amérique enfoncée dans la crise. L'homme, en vérité, semblait surtout écartelé entre son traditionalisme profond, hérité de son milieu, une homosexualité honteuse qui le marginalisait, et la fréquentation de l'avant-garde. À cela s'ajoutait un caractère vindicatif, jaloux, rancunier.
Rien ne laissait malgré tout supposer les abîmes dans lesquels sombra ce singulier personnage de 1940 à 1945. Car ce ne sont pas seulement des opinions aberrantes que l'on put reprocher à Bernard Faÿ, mais bien des faits, générateurs d'un sort funeste pour de nombreuses personnes. Au bout du compte et au terme d'un travail d'une probité exemplaire, Antoine Compagnon s'avoue lui aussi incapable d'expliquer rationnellement la conduite de son triste héros. Dans leurs pires errements, Drieu la Rochelle, Benoist-Méchin, et même Brasillach conservèrent une certaine noblesse. Rien de tel dans le cas de Bernard Faÿ, dont la méchanceté, la mesquinerie et l'absence de toute générosité éclatent littéralement. Le vrai mystère est qu'un tel individu ait pu assez longtemps faire illusion et atteindre les sommets de la méritocratie républicaine. Mais il est vrai qu'aucun système de sélection ne peut déceler les failles intimes qui dictent les destinées humaines. Le drame de Bernard Faÿ fut sans doute de n'avoir pas réussi à réaliser l'unité de son personnage, de n'être jamais parvenu à transcender cet échec par l'art. Estimables, d'une érudition incontestable, ses livres ne constituaient pas l'œuvre dont cet esprit tourmenté rêvait probablement. D'où, comme dans le cas de Maurice Sachs, une haine de soi irrépressible, une fuite en avant, débouchant sur l'abjection.
Le cas Bernard Faÿ du Collège de France à l'indignité nationale d'Antoine Compagnon, Gallimard, coll. Suite des temps, 208 p., 21 €.
Le Magazine des livres publie dans son n°20 (novembre/décembre 2009) un dossier sur "Les écrivains de la collaboration", notamment
Robert Brasillach, dont un portrait orne la couverture.
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