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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 22:36
Un entretien avec Anne Brassié sur Robert Brasillach a été publié hier sur Novopress :

Robert Brasillach, ou encore un instant de bonheur

Né le 31 mars 1909, il y aura bientôt un siècle, Robert Brasillach a été fusillé le 6 février 1945 à l'issue d'un procès inique. Anne Brassié a publié en 1986 une biographie de l'écrivain qui fait autorité. L'auteur, née après la guerre, a été professeur de français en France et en Afrique Noire. Puis, journaliste littéraire, elle a écrit trois biographies : Robert Brasillach, ou encore un instant de bonheur, disponible à la librairie Primatice, 10 rue Primatice, 75013, et à la librairie Duquesnes, 27 avenue Duquesnes, 75007, La Varende, pour Dieu et le Roi chez Perrin (épuisé) et une Vie de Sainte Anne, de Jérusalem à Auray, aux éditions du Rocher. On trouvera une sélection de ses articles littéraires dans un livre intitulé Ces livres qui m'ont choisie, illustré par Chard et publié chez Godefroy de Bouillon. Elle anime depuis 20 ans une émission littéraire d'une heure sur Radio Courtoisie, 95.6 sur la bande FM, le jeudi matin à 10 h 45 (rediffusée à 14 h et le samedi à 19 h) au cours de laquelle elle interroge un seul écrivain et lit des passages de son livre.

Image Hosted by ImageShack.us Novopress : Ne fallait-il pas beaucoup d'inconscience pour consacrer un ouvrage à l'un des témoins « les plus engagés dans le mauvais camp », de cette période « la plus sombre de notre histoire » ? N'êtes-vous pas restée « le biographe maudit d'un poète maudit » ?...

Anne Brassié : Au moment de la parution de mon livre, un critique du Figaro remarquait que j'avais en effet eu quelque mérite à publier cet ouvrage... « Quarante ans après, les passions ne sont pas apaisées et tous les comptes ne sont pas encore réglés » écrivait-il. Je constate que, plus de soixante ans après, les passions se sont exacerbées et que les comptes se règlent maintenant à coup d'oukases des ligues de vertu, avec condamnations sonnantes et trébuchantes devant les tribunaux. Je ne sais si, à l'heure actuelle, un tel livre trouverait un éditeur assez courageux... ou assez fou ! L'affaire Aussaresses qui vient fort heureusement de trouver un juste épilogue, est à cet égard emblématique : condamnés à des amendes extravagantes pour avoir publié un témoignage-clé sur le drame algérien, les éditeurs n'ont dû leur salut qu'en portant l'affaire devant la Cour européenne des Droits de l'Homme... On veut tuer la mémoire française en interdisant de parole et de témoignage ceux qui soutiennent des thèses non conformes à la pensée historique unique. C'est lamentable d'hypocrisie et d'indigence intellectuelle. La pensée et l'écriture sont des exercices solitaires qui vous immunisent contre la propagande et les mots d'ordre.

Novopress : Votre travail est celui d'un historien et non d'un hagiographe. Vous cherchez avant tout à cerner la vérité.

Anne Brassié : J'ai été très tôt séduite par la subtilité et la délicatesse du romancier et du poète, et fascinée par une destinée hors du commun. Georges Blond a pu évoquer à son propos « un personnage de roman qu'aucun romancier n'eut inventé »... En 1976, mon diplôme de maîtrise à la Sorbonne a porté sur « Comparaisons, images et métaphores dans un roman de Brasillach ». Il s'agissait de Comme le temps passe. J'ai consacré les dix années suivantes à tout lire de Brasillach et sur Brasillach - romans, pièces de théâtre, essais, biographies, témoignages, archives... - Mon enquête fut également riche de rencontres. Pendant plus de deux ans, j'ai partagé la vie de Suzanne, la sœur de Robert, et de son époux, Maurice Bardèche. Une complicité heureuse avec deux témoins privilégiés. D'autres rencontres ont été également lumineuses. J'évoquerai naturellement la figure extraordinaire de Jacques Isorni, l'avocat de Brasillach, ainsi que celle de Pierre Sipriot, grand critique littéraire, d'une immense culture dépourvue d'œillères. Il admirait Robert Brasillach, et c'est lui qui me commanda cette biographie. Je me suis avant tout astreinte à une lecture méthodique des textes. Si j'ai livré au public un livre de passion, mon premier souci a été celui de comprendre, non de justifier ou de condamner. Ni plaidoirie, ni réquisitoire. Je pense avoir saisi l'homme dans la complexité de son histoire et de son être, et non un stéréotype idéologique sur lequel il eut été plus aisé de faire le départ entre le « bien » et le « mal ». Citons Malraux - une fois n'est pas coutume - : « Juger, ce n'est pas comprendre, car si l'on comprenait, on ne pourrait plus juger »... Et puis deux êtres coexistent chez Brasillach : l'un est anarchiste en esprit, il est le romancier à la sensibilité frémissante et au tendre souffle juvénile, doué pour le bonheur, qui sait délicieusement goûter le temps qui passe, les voyages, la mer, les paysages d'une Espagne écrasée de soleil, la nostalgie des « merveilleuses années de jeunesse »... L'autre est un esprit inquiet, qui s'impose des règles de conduite d'une rigueur quasi-janséniste, donne au monde des lettres son étude la plus pénétrante sur le héros cornélien, est hanté par la figure du père, héros de la pacification du Maroc, officier « mort pour la France ». Il faut admettre que c'est la même plume qui a écrit Bérénice et certains brûlots de Je suis partout. De bonnes âmes ont voulu séparer l'« ombre » de la « lumière », le « mal » du « bien ». Quand on a de l'empathie pour quelqu'un, cette mécanique est totalement impossible à mettre en jeu. Je la laisserai aux flics, aux juges et aux commissaires politiques. lors d'un assaut sanglant à la tête de ses troupes...
Novopress : En vous lisant, on a le sentiment d'un écrivain égaré en politique, « plus rêveur que casqué » a-t-on pu écrire. Quand au moment de son procès, l'instruction tente de cerner ses engagements politiques, la réponse qui paraîtra finalement la plus appropriée est « néant »... Même au plus fort de son engagement politique, sa production littéraire reste impressionnante

Anne Brassié : Brasillach n'eut d'abord que mépris pour les « écrivains engagés ». Avant de devenir, fusillé à 35 ans, le symbole de l'intellectuel « engagé jusqu'au poteau ». Son Histoire du cinéma, en collaboration avec son beau-frère, le fidèle Maurice, fait autorité. Prisonnier en Allemagne, il composa La Reine de Césarée, l'une des pièces les plus profondes du théâtre français. Dans les derniers mois de sa vie, alors qu'il savait que la mort était au bout du chemin, il écrivit un roman, Six heures à perdre, un essai critique, Tombeau pour Giraudoux, une Anthologie de la poésie grecque, en plus de ses articles dans Révolution nationale et Chronique de Paris... Oui, avant tout un écrivain, un amoureux du théâtre - ses liens quasi fusionnels avec le couple Pitoëff - et un poète, pour lequel une journée sans quelques vers jetés sur un bout de papier de fortune était une journée ratée. Pour les zélateurs de l'épuration, Brasillach reste comme un remord, car ainsi que l'a écrit fort justement Anne Bernet, « on n'assassine jamais impunément Chénier ou Lorca »... La politique ennuyait profondément Brasillach. Pendant sa vie d'étudiant, on ne note pas le moindre engagement politique ! La place de Je suis partout dans la vie de Brasillach pose à cet égard problème. Mais l'hebdomadaire tire à 200.000 exemplaires - des chiffres inimaginables de nos jours - et les signatures prestigieuses s'y bousculent : Maurras, Léon Daudet, Bainville, Massis, Gaxotte, Maulnier, Boutang, Drieu, Céline, Vailland... - Quand Gaxotte lui propose d'en être rédacteur en chef, le jeune homme de 28 ans ne refuse pas.

Novopress : Le fascisme... Davantage un idéal d'esthète pour le « rêveur Brasillach » - culte de la jeunesse, de la beauté, de la nature... - qu'une construction politique rigoureuse ?

Anne Brassié : Pour Peter Tame, « le fascisme n'a pas été pour Brasillach une doctrine politique, mais une attitude devant la vie ». La France d'avant-guerre « sombre dans la déliquescence sale et délicieuse », comme le dira Clemenceau... La démocratie parlementaire de l'époque était - déjà - un anti-modèle, éclaboussée de scandales jusqu'à l'os. Quelles solutions pour un patriote sincère dont le pays « lui fait mal » ? Les diatribes de Brasillach contre l'argent, les juifs, la gauche, la franc-maçonnerie, ne peuvent se comprendre en dehors de l'amour passionné qu'il porta jusqu'au bout à son pays. Brasillach a vu les charniers de Katyn, il sait de quelles horreurs est capable cette idéologie que d'aucuns présentent comme l' « avenir radieux de l'humanité ». Pour lui, toute compromission avec le communisme est proprement inimaginable. Il a poussé cette logique du refus jusqu'à l'absurde, jusqu'à considérer les soldats de la Wehrmacht comme ses « frères d'armes », sans voir que le régime national-socialiste, fondé comme son alter ego communiste, sur l'athéisme, le matérialisme, le mépris de la vie humaine, en portait exactement les mêmes tares et enfanteraient nécessairement les mêmes monstruosités. Mais le fascisme de Brasillach n'a rien à voir avec le nazisme. Dès la sortie de Mein Kampf en France - « un monument de sottises profondément ennuyeuses » qu'il est l'un des rares Français à avoir lu... - il dénoncera Hitler comme « un fou pathologique ». Le Latin qu'il est reste dubitatif devant les charmes de l'esthétique wagnérienne, chère aux maîtres du Troisième Reich... Pour Brasillach, nourri de la germanophobie - comme on dirait de nos jours... - de Maurras, l'Allemagne est « une planète inconciliable avec la nôtre ». Le fascisme de Brasillach se nourrit bien autrement de la figure charismatique d'un José Antonio Primo de Rivera - « la jeunesse assassinée » - et puise à la source d'un fascisme romantique, solaire, apollinien, qui n'a rien à voir avec les brumes teutonnes et les ivresses païennes et dionysiaques de Nuremberg. Brasillach rêve le fascisme plutôt qu'il n'en élabore la doctrine. Il évoque un « fascisme étoilé et rayonnant, avec ses chansons et son labeur, ses drapeaux dans le vent du matin »... En matière de fascisme, la reductio ad hitlerum fait fureur, si l'on ose dire. Mais quels rapports idéologiques entre José Antonio et Adolf ? Aucun. Quels rapports idéologiques entre Mussolini et Hitler ? Aucun. L'Espagne de Franco et l'Italie de Mussolini furent des régimes certes forts, mais en aucune façon des régimes totalitaires comme l'ont été l'Allemagne hitlérienne et l'URSS. Franco est resté neutre en 40 et ce sont les démocraties occidentales qui, par aveuglement, ont poussé Mussolini dans les bras d'Hitler. En revanche, Hitler et Staline étaient bien deux crocodiles de la même espèce : le « pacte d'amitié et d'assistance germano-soviétique » n'est en rien une aberration de l'histoire. Mais nos deux crocodiles partageaient le même marigot, il y en avait donc un de trop. Le nazi voulut croquer le bolchevik, c'est finalement le bolchevik qui croqua le nazi...http://shop.upsylon.com/librediff/images/items/brassiellach_gd.jpg

Novopress : Contre Brasillach, il y a l'accusation létale d'antisémitisme...

Anne Brassié : L'arme absolue de nos censeurs, c'est l'anachronisme. Un pseudo critique a pu ainsi écrire en 1987 que Brasillach « prêchait le gazage des enfants juifs avec leurs parents » ! Or les armées alliées ne sont entrées dans les camps du régime national-socialiste qu'après l'exécution de Brasillach. Lors du procès de Brasillach, en janvier 45, à aucun moment il ne fut question de l'extermination des juifs. Le commissaire du gouvernement - le terrible procureur Reboul, par ailleurs catholique convaincu - y parlera de « camps exceptionnels de sévérité », jamais de « camps d'extermination ». Le Tribunal de Nuremberg qui statua sur la volonté exterminatrice du Troisième Reich ne siégera qu'à partir de novembre 45. Les conclusions du Tribunal n'auront d'ailleurs force de loi que bien après. Ni De Gaulle, ni Churchill, ni Roosevelt n'évoqueront dans leurs mémoires ce qu'on appellera par la suite la Shoah. Quant à Staline, on ne l'imagine pas s'alarmant outre mesure de ce qui pouvait se tramer dans les camps allemands, alors que les bolcheviks faisaient infiniment pire dans ceux du goulag, ce que, depuis Souvarine et d'autres, tout le monde savait, ou pouvait savoir... Mais s'il faut faire de l'anachronisme, que dire de l'antisémitisme désormais pleinement assumé par une gauche donneuse de leçons, à l'aune des manifestations dont le récent épisode de la sempiternelle guerre israélo-palestinienne fut le prétexte dans les rues des villes de France, où l'on a vu socialistes, communistes et trotskystes défiler d'un même pas et d'une même voix avec des forces proches du Hamas ou du Hezbollah, dont on connaît par ailleurs la "judéophilie" ?... On a pu reprocher à Brasillach l'outrance antisémite de ses éditoriaux dans Je suis partout. C'est oublier qu'à l'époque la France était largement antisémite. Tous les courants politiques connaissaient peu ou prou l'antisémitisme, y compris les communistes comme on l'a récemment (re)découvert dans des documents internes du Parti... Là encore, quand on prétend faire de l'histoire, il faut fuir le péché mortel d'anachronisme. Et n'oublions jamais quel traumatisme fut la Débâcle chez les patriotes - une déculottée militaire sans nom à mettre au "crédit" du pacifisme bêlant de l'ensemble de la classe politique des années 30, Maurras excepté naturellement - et nos deux millions de prisonniers de guerre en Allemagne, dont le sort a été le souci constant des autorités de Vichy et de ceux qui ont fait le choix du compromis avec le vainqueur. « Ils vont rester là-bas quatre ans ou cinq, sans femme, sans faire d'enfants » a écrit Brasillach, profondément révolté par cette humiliation du peuple français. Qui, encore une fois sans anachronisme, peut reprocher à un patriote français de s'être d'abord préoccupé du sort de ses frères de sang, personne en Europe à l'époque ne se préoccupant du sort des juifs ? Chaïm Weizmann avait écrit dans le Manchester Guardian « Le monde semble divisé en deux parties : les endroits où les juifs ne peuvent vivre et ceux où ils ne peuvent pas entrer. »

Novopress : 19 janvier 1945 : un procès fabriqué - il fallait que Brasillach paie le prix fort...

Anne Brassié : Brasillach est condamné à mort à l'issue d'un procès bâclé - cinq heures en tout et pour tout, suivie d'une délibération de vingt minutes ! - dont l'instruction ignominieuse - qu'on se rappelle cette photo truquée qui pesa si lourd dans la décision des jurés - fut un véritable déni de justice. La République épurative sut être ô combien expéditive. « Tout est bon pour la défense, avait prévenu Brasillach, hormis la lâcheté ». Il avait en haine la tiédeur et la compromission. Il a couvert jusqu'au bout les collaborateurs de Je suis partout, alors que dans le « soviet » du journal (son comité de rédaction), chacun était maître de sa ligne politique : l' "anarchiste" Brasillach ne contrôlait rien et n'a jamais rien censuré. Au moment du procès, il avait d'ailleurs quitté le journal depuis plus d'un an. Il a évidemment assumé ses propres écrits, ne concédant rien à ses juges. « Ne jamais aller contre son propre destin », avait-il coutume de dire, en homme de droite. Et cette maxime d'homme d'honneur :  « La grande règle de toute morale et de toute politique : on ne sépare jamais les idées, les sentiments, les actes, de leurs conséquences ». « C'est une honte ! » a-t-on entendu dans les bancs du public lors de l'énoncé du verdict. « Non, c'est un honneur ! » a répliqué Brasillach. Voilà qui nous change de ces petites frappes d'extrême gauche, les Petrella, les Battisti, qui, pour échapper à leur destin, excipent de leur petite santé fragile auprès de potentats divers et variés. Lui a payé, les marchands de béton du Mur de l'Atlantique, non. Il faut dire que ces gens-là se sont contentés de vendre, ils ont eu l'astuce de ne pas écrire...
Novopress : Après la condamnation à mort de Brasillach, l'action de François Mauriac en faveur de l'écrivain fut tout à fait remarquable

Anne Brassié : En effet. Parmi les écrivains, artistes et intellectuels qui ont soutenu Brasillach jusqu'à la fin, François Mauriac occupe une place à part. J'ai publié dans mon livre une des dernières lettres que la mère de Robert écrivit à son fils. « Il m'a reçue comme une amie de vingt ans, fraternellement, écrit-elle à propos de Mauriac. Il m'a embrassé plusieurs fois et a pleuré avec moi. Il m'a répété en partant qu'il ferait tout. Il me disait : "Ce Robert, si méchant avec moi, comme je l'aime..." Il a eu la signature de tous les académiciens ». Grandeur d'âme de Mauriac... « Il a payé au-delà de ce qu'exigeait une stricte justice » a-t-il écrit après l'assassinat de Robert, fustigeant « la vengeance déguisée en justice ». Une noblesse de cœur d'un écrivain profondément catholique, qui nous change, entre autre, de cette fripouille de Sartre - icône de la gauche... - qui a fait jouer Les Mouches en 1943 grâce à la bienveillance de la Zensurstelle allemande et publia la même année L'être et le néant (un kilo de papier le volume, en pleines restrictions...), très inspiré par le philosophe Martin Heidegger dont les sympathies nationales-socialistes étaient déjà notoires. Un Sartre qui pour mieux se dédouaner - lui et son « Castor » chroniqueuse à Radio Vichy - n'aura de cesse de hurler avec les loups de l'épuration, même s'il s'est un peu rattrapé en 1957, au moment de la bataille de La Reine de Césarée, en déclarant : « Brasillach n'était pas le plus coupable »...

Novopress : Un purgatoire sans fin ? Quelques frémissements d'une possible réhabilitation comme cette Reine de Césarée jouée il y a deux ans par le Théâtre du Nord Ouest...

Anne Brassié : L'épuration - et je ne parle pas des meurtriers bombardements anglo-américains... - fut une période particulièrement sanglante de notre histoire. Les chiffres tels que nous les connaissons maintenant sont éloquents. Ceux qui ont fait le choix du communisme et qui ont sur les mains le sang des quelque cents millions de morts de cette idéologie monstrueuse, ceux-là n'ont jamais été appelés à la barre du tribunal de l'Histoire et encore moins attachés à un poteau au petit matin face à la gueule des fusils d'un peloton d'exécution. Le communisme attend encore son Nuremberg. Viendra-t-il un jour ? Quand j'ai écrit mon livre sur Brasillach, le Livre noir du communisme n'avait pas encore été publié. Je pense que maintenant, j'aurais la dent infiniment plus dure. J'ai évoqué le tout plutôt que le bolchevisme de Brasillach. Depuis la publication du livre de Stéphane Courtois, qui peut affirmer sans l'ombre d'une hésitation que Brasillach eut absolument tort de faire le choix qui fut le sien ? Robert Brasillach se tient comme un remord devant ceux qui l'ont tué. Pour les libéraux - Brasillach avait vraisemblablement lu le livre de Robert Aron « Le cancer américain »[réédité à L'Âge d'Homme, 5, rue Férou, 75006] et haïssait les « valeurs » de la société marchande - comme pour les communistes, il reste un scandale absolu. Les communistes voulaient la tête de Brasillach et De Gaulle qui refusa sa grâce ne fut à cet égard qu'un pantin dans les mains de Moscou, comme il le fut d'ailleurs en d'autres occasions. Pour répondre clairement à votre question : non, je ne vois aucune raison, l'époque étant ce qu'elle est, que Robert Brasillach sorte de son purgatoire. Il faudrait un radical renversement des valeurs dans notre pays et dans la vieille Europe. Ce qu'à Dieu ne plaise... Mais le charme de l'œuvre demeurera sans fin pour ce petit cercle d'élus sans œillères que forment les amoureux de la littérature. 

Novopress : Fresnes, une montée à l'étoile. Fort de Montrouge, le 6 février 1945, une mort héroïque. « Courage ! » criera-t-il aux hommes du peloton...

Anne Brassié : Oui, la mort en face pour cet homme jeune, qui achève sa vie à un âge où Céline n'avait pas encore écrit son Voyage... Il est enfermé dans le couloir de la mort depuis le 19 janvier. Les poèmes qu'il a composé à Fresnes, les chaînes aux pieds - entre autres ceux des trois courtes semaines qui séparent le verdict de l'exécution - sont parmi les plus beaux et les plus profonds de notre langue. Pour nous, ils ont à jamais la sombre couleur de la voix infiniment grave de Pierre Fresnay. Des mots de douleur, d'angoisse, de colère, mais aussi de paix et d'espoir, qui ne cesseront de résonner dans le cœur des hommes de notre peuple. « Vienne la nuit » écrit-il. Nulle tentation nihiliste chez cet homme qui aimait profondément la vie. Par ces mots, il remet son âme à Dieu...

VIENNE LA NUIT

Vienne la nuit, que je m'embarque
Loin des murs que fait ma prison.
Elle suffit pour qu'ils s'écartent,
Je retrouve mes horizons.
Que m'importe si l'on me parque,
La Nuit abat toutes cloisons.

Avec la nuit je me promène
Sous le soleil des jours anciens.
Je ne vois plus ce qui m'enchaîne,
Le sommeil brise le destin :
Voici la mer, voici la Seine,
Voici les fraîches joues des miens.

Comme dans les camps d'Allemagne,
Chaque nuit, ô Nuit, tu reviens
Me rendre tout ce qu'on éloigne.
Je ferme les yeux sous tes mains,
Je m'embarque, tu m'accompagnes,
Me caresses jusqu'au matin.

Ô Nuit, ô seul trésor pareil
Pour l'homme libre ou le proscrit,
Je t'ai donc retrouvée, merveille,
Après trois ans te revoici !
Je me rends à ton cher soleil,
Enlève-moi comme jadis.

Sur la paille où sont les soldats,
Tu m'apportais les mêmes songes
Qu'aux heureux dont je n'étais pas.
Aujourd'hui, vers toi je replonge,
Ô secourable, ô toujours là,
Ô Nuit qui n'as pas de mensonges.

Propos recueillis par Henri Dubost pour Novopress France

Publié par ARB - dans REVUE DU NET

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