Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 12:20

Un appel pour la Syrie, lancé par des avocats, dont certains exercent, par ailleurs, des responsabilités au sein des ARB, ayant été relayé plusieurs fois sur ce site (1, 2, 3, 4 et 5), voici la suite (publiée en premier lieu sur E&R) :

La question se pose de savoir si l’on peut, pour qualifier les crimes et délits commis en Syrie par les prétendus rebelles et leurs complices, parler de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.

La plainte déposée le 27 novembre contre Laurent Fabius par Mme Al-Kassem et MM. Al-Ibrahim et Salim écarte résolument une telle qualification. De ces notions, par ailleurs, les ennemis (non-officiellement déclarés comme tels) de la Syrie se servent à l’encontre du chef de l’État syrien. Encore tout récemment, le 2 décembre 2013, un haut commissaire de l’ONU a parlé de cela.

Malheureusement, toutes ces notions sont devenues difficiles à distinguer, et, dans le contexte actuel, extrêmement dangereuses à manipuler. Les qualifications de crime de guerre, de crime contre l’humanité et de crime contre la paix sont devenues ce que nous appellerons des armes de destruction psychologique massive. Si l’on veut y voir un peu plus clair, il est impératif de commencer par clairement distinguer ce qu’étaient ces notions dans le cadre du droit international européen classique, grosso modo depuis la Renaissance jusqu’en 1917, ce qui nous permettra, dans un second temps, de comprendre ce qu’elle sont devenues, avant que d’envisager enfin l’usage qui en est fait dans le cas syrien.

Le crime de guerre du XVIème au XIXème siècles

Il convient traditionnellement de distinguer le jus ad bellum (le droit de faire la guerre) du jus in bello (les lois et coutumes applicables dans la manière dont on fait la guerre). Sortie d’antiques et venimeuses querelles sur la guerre juste, la doctrine juridique européenne avait fini par réserver le jus belli (le droit de faire la guerre) à l’État, c’est-à-dire au souverain (cf. Bodin, Grotius, Pufendorf). Était juste, à l’exclusion de toute autre, la guerre qu’un État déclarait à un autre État.

La difficulté demeurait, au sein même de cet ordre international (sans donc parler du danger né de la présence, latente puis offensive, d’un potentiel retour au désordre international) de désigner et de reconnaître le souverain, particulièrement en cas de guerre civile conduisant à une scission, l’institution de la reconnaissance d’un nouvel État, par un État neutre, parfaitement tiers au conflit, visant à sortir de ce genre de crise. Difficulté, de même, pour les conflits coloniaux, seules les nations parties au concert européen pouvant à l’époque prétendre à un État.

Ceci étant noté, dans le cadre de ce jus belli étatique, toutes actions hostiles qui ne pouvaient se prétendre du commandement de l’autorité légitime relevaient donc du brigandage et de la police intérieure de l’un ou l’autre État belligérant. Toute armée qui ne relevait pas d’un État versait dans l’illégalité.

C’est ainsi que se trouvait enfin réglée la grande question du jus in bello. Depuis les Grecs, depuis Antigone, qui malgré la guerre voulait accomplir les rites sacrés sur le cadavre de son frère et qui bravait l’ordre de Créon de le laisser en pâture aux chiens et aux rapaces, l’Europe cherchait à limiter l’horreur de la guerre, à en protéger les populations civiles d’abord, les enfants, les femmes, les vieillards ; elle cherchait même, ensuite, à relativiser l’hostilité en épargnant le militaire prisonnier, blessé ou malade, qui a cessé de combattre.

Le droit classique parvint à instituer ces principes sous l’appellation de « Lois et coutumes de la guerre ». Et avec la notion de crime de guerre, il parvint à soumettre le militaire, combattant régulier, à une discipline et à un droit pénal inflexible lorsqu’il s’écartait du commandement reçu et violait ces lois et coutumes de la guerre.

Subversion du jus ad bellum et du jus in bello au XXème siècle

Au sortir de la Première Guerre mondiale, les catégories classiques se sont trouvées complétement subverties. Le jus ad bellum, pour commencer, a disparu. La guerre en dentelle a pu faire rêver d’un monde d’où toute hostilité serait bannie. Alors même qu’à partir de 1917 l’entrée des États-Unis d’Amérique sur la scène du Vieux Monde en avait accru démesurément l’horreur, on mit hors la loi la guerre déclarée, la guerre selon les formes classiques du droit européen (pacte Briand-Kellogg, 1928). La guerre que déclarait un État devint un crime contre la paix, rendant le coupable et son gouvernement outlaws.

Cela ne fit bien évidemment pas disparaître du monde l’effectivité de la guerre, non plus que sa nécessité. Cela n’interdisait pas un autre type de guerre, sans limite celui-ci, d’essence révolutionnaire, dirigé directement contre les populations et destiné à anéantir la puissance ennemie : choses que le jus in bello classique prohibait strictement. Cela n’interdisait pas non plus la guerre économique, dont la population civile est la première à souffrir. Mais toute réaction de défense contre de telles agressions était destinée à être interprétée comme un crime contre la paix.

Pis, dans ce nouveau contexte international dont nous ne sommes toujours pas sortis, la notion de crime de guerre, détournée de son usage normal, a connu un destin tragique. En cas de guerre conventionnelle selon la tradition du droit international classique, c’est un instrument essentiel à la discipline des armées, pour la protection des civils. Mais dans le contexte de guerres qui ne disent pas leur nom et de gouvernement par le chaos, la catégorie devient des plus meurtrières, puisqu’elle est retournée contre une armée par un agresseur qui soulève précisément la population contre elle. D’instrument de discipline interne à chacun des belligérants, elle sert alors à incriminer l’appareil militaire de la puissance ennemie contre laquelle la population est excitée à se soulever sous l’action du terrorisme.

Le stade final de ce processus véritablement odieux consiste à entrer dans une guerre totale, avec soulèvement de la population, mais simultanément bombardements massifs des villes, destruction de l’infrastructure économique, déplacements en masses et pour finir arrestation et inculpation pour crime de guerre des membres de l’État et de l’armée, sans que de telles exactions ne puissent être même moralement répréhensibles, puisqu’elles ne portent pas le nom de guerre, mais sont commises au nom de la nécessité pour l’ordre et la paix mondiale de laisser passer la justice et le droit.

Usage des catégories dans le contexte syrien

L’État qui subit une telle agression totale, s’il demeure loyal dans son application du droit classique, cherche à maintenir la discipline au sein de ses rangs et à rétablir l’ordre à l’intérieur de ses frontières. Il peut continuer à sanctionner les militaires qui commettraient des infractions. Il n’a pas besoin pour cela d’une catégorie de crime de guerre. Il peut aussi user du droit pénal le plus commun contre les civils, qui, sans visée politique, profiteraient du désordre créé par l’ennemi (crime de droit commun commis en temps de « guerre » civile, à ne pas confondre avec le crime de guerre).

Mais qu’en est-il, même si la frontière est souvent délicate à tracer d’avec cette dernière catégorie, de la sanction de ceux qui sévissent de manière ignoble, par le terrorisme, semant la mort et le chaos ? Qu’en est-il de leurs complices plus ou moins haut placés, présents à l’extérieur ? Qu’en est-il de ceux qui, cyniquement, ont subverti l’ordre classique qu’avait pu trouver le droit international, et qui le retournent contre lui ?

Il serait périlleux de retourner à nouveau l’arme juridique de la qualification de crime de guerre contre ceux qui l’ont déjà déformée et détournée. Car le crime de guerre stricto sensu (la violation des lois et coutumes de la guerre) ne peut jamais, comme jadis, qu’être utilisé pour incriminer les actes d’un membre d’une armée régulière, relevant donc d’un État. Il n’y aurait pas de sens à parler d’un crime de guerre commis par un simple particulier. S’il y a criminel de guerre, c’est que l’on suppose une armée et un État auxquels il appartient.

Parler de crime de guerre pour des actes commis par des terroristes et par des agents qui n’apparaissent jamais frontalement en tant que belligérants, ce serait leur supposer la qualité d’armée régulière, de combattants qui relèvent d’un État. Or, dans un contexte de guerre subversive, ce serait faire le jeu des agresseurs réels, qui précisément détournent aussi cette autre institution du droit classique qu’est la reconnaissance par les neutres, eux qui ne sont pas neutres, par de grossières manœuvres de reconnaissance d’un gouvernement en exil ou d’un prétendu commandement rebelle.

Dans le contexte d’une agression sans limite, l’État ne doit pas user de la notion de crime de guerre. Au demeurant il n’en a pas besoin. Contre ceux qui sévissent à l’intérieur, il dispose de son propre droit pénal. Et contre les complices présents à l’extérieur, il n’a d’autre moyen que l’appel à une restauration de l’ordre international.

Damien Viguier, le 5 décembre 2013

À ne pas manquer, sur E&R : « Plainte contre Laurent Fabius pour complicité de crimes commis en Syrie »

 

 

Publié par ARB - dans Avocats pour la Syrie
11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 18:52

"Journal de la Syrie", Syrian Free Press, 14 octobre 2013

Délégation d'avocats européens en Syrie
Publié par ARB
8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 02:27

Monsieur le Président,

Les soussignés, trois avocats français et un suisse, se sont rendus, à l’invitation de Monsieur le Bâtonnier de Damas, en Syrie, du 6 au 13 octobre 2013. L’objectif de notre voyage était principalement de découvrir, sur place, la réalité quotidienne de la complexe situation syrienne. Grâce à l’attitude des autorités locales, qui nous ont laissé toute liberté d’investigation, notre mission a pu être pleinement remplie.

Monsieur le Président, nous sommes en mesure de vous informer que l’opinion selon laquelle le Président Bachar el-Assad tirerait sur son peuple, « gazerait » sa population et serait responsable de plus de 100 000 morts est entièrement fausse.

Il est affligeant de constater à quel point les Occidentaux, et les Français plus que d’autres, sont désinformés et manipulés par les médias ! Nous ne savons pas si c’est également le cas pour vous et si les services spéciaux français pratiquent la même désinformation et manipulation à votre égard.

La réalité du terrain est que la Syrie est victime d’une agression interne et externe (plus de 40 000 combattants islamistes étrangers, dont peut-être plusieurs centaines de Français, se battent en Syrie).

La réalité est que les agresseurs (y compris occidentaux) sont d’une sauvagerie extrême ; nous avons vu des vidéos insupportables où ceux-ci découpent des êtres vivants ou morts en morceaux.

La réalité est que toute une population souffre de la hausse des prix, des difficultés d’approvisionnement et surtout d’être pris sous le feu et les bombardements ou attaques incessantes des « rebelles » et parfois de l’armée syrienne, dans le cadre des ripostes.

Vous savez que vos alliés, des monarchies théocratiques obscurantistes du Golfe (Qatar, Arabie Saoudite), aident ces criminels en les armant, en les finançant ; que la Turquie islamiste les soutient en permettant, à travers sa frontière, leur approvisionnement ; qu’enfin, les gouvernements occidentaux les favorisent en leur apportant une aide matérielle et logistique (armes « non-létales » ! qu’est-ce donc ?), ainsi que médiatique.

Vous devez savoir aussi que tous ceux qui sont responsables de cette sale guerre et ses cortèges de misères et de morts sont précisément tous ceux qui soutiennent les pseudo-rebelles, quels que soient les modalités de ce soutien et les véritables prétendus bénéficiaires de cette aide (la réalité sur le terrain est que les islamistes sont beaucoup plus nombreux que les autres, dont la pseudo-Armée syrienne libre).

Que vous l’acceptiez ou pas, le gouvernement légitime de l’État syrien combat la barbarie et la sauvagerie islamistes pour la défense de la civilisation, de l’intégrité de son territoire, la survie et la liberté de son peuple.

La guerre que sèment sur le terrain les opposants se résume, à ce jour, à des tirs meurtriers de « snipers » sur les soldats syriens ou sur des civils et sur l’envoi récurrents d’obus meurtriers sur des quartiers populaires (le vendredi 11 octobre, un obus dans la banlieue de Damas a fait 21 morts et de nombreux blessés, le samedi 22 un autre a fait 2 morts et plusieurs blessés, dans la rue même de notre hôtel).

Comprenez bien, Monsieur le Président, qu’autant que vous soutiendrez, avec les autres nations interventionnistes, les agresseurs sanguinaires, ceux-ci seront en mesure de poursuivre leur agression et de semer la misère et la mort ; sans même évoquer les risques de bombardements directs dont vous étiez le premier partisan.

Tous nos interlocuteurs, officiels ou gens de la rue, nous posaient systématiquement la même question : « Pourquoi le pays des droits de l’Homme soutient-il les agresseurs et les assassins et nous combat-il directement ou indirectement ? »

Que faut-il répondre à cette question légitime ? Nous vous appelons solennellement, Monsieur le Président, à reconsidérer votre position à l’égard de l’État syrien, et à cesser tout soutien aux agresseurs armés, quelles que soient leurs propres dénominations.

Des élections générales sont prévues en Syrie au printemps 2014 ; il n’est pas d’autre issue acceptable que le soutien à un processus démocratique de rétablissement de la paix dans ce pays, pour que cessent définitivement les atrocités et les horreurs quotidiennes dont vos protégés sont les coupables exclusifs.

Nous sommes à votre disposition pour vous rencontrer et vous exposer plus avant les résultats de notre mission. C’est de l’honneur de la France dont il est question et pas seulement du rétablissement de la paix et de la sérénité dans un État indépendant.

Nous osons espérer que ce courrier ne finira pas dans les poubelles de l’Élysée, ce qui serait une offense supplémentaire aux nombreux cadavres qui jalonnent le parcours de vos alliés sur le terrain.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos salutations démocratiques.

Fait à Grenoble, le 5 novembre 2013

Bernard RIPERT, avocat au Barreau de Grenoble
Damien VIGUIER, avocat au Barreau de l’Ain
Pascal JUNOD, avocat au Barreau de Genève
Fabrice DELINDE, avocat au Barreau des Hauts-de-Seine

---

Source : E&R.

Publié par ARB
17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 10:17

Fabrice Delinde, Pascal Junod, Bernard Ripert et Damien Viguier, avocats signataires en mars 2013 d’un appel pour la paix en Syrie, avons répondu positivement à l’invitation qui s’en est suivie de la part de notre confrère Monsieur le Bâtonnier de Damas Skaif Nizar, et nous étions en Syrie du 6 au 13 octobre 2013.

Nous ne sommes allés qu’à Damas, au centre-ville, avec une incursion dans un quartier qui venait de subir la chute d’une roquette faisant 11 morts. Mais la veille de notre départ nous avons été témoins d’un attentat à quelques mètres de notre hôtel. Il y a donc des explosions de temps en temps. Les habitants de Damas luttent en continuant de vivre comme si de rien n’était, même si c’est difficile.

Nous avons rencontré des familles en deuil, des militaires, des blessés ; des écrivains, des journalistes ; des confrères (avocats) ; des associations et des hommes politiques indépendants du parti Baas, parti dont le vice-président nous a d’ailleurs reçus ; nous avons été reçus par le président du Parlement, par le Premier ministre, par les ministres de la Justice et de l’Information.

Unanimes, tous déplorent la corruption de nos gouvernants, qui trahissent l’âme de la France. Ils distinguent toujours néanmoins entre la partie corrompue de notre classe politique et le reste de la population française. Ils disent et redisent que nombre de leurs agresseurs viennent d’Europe, et de France en particulier, et même de Suisse, et que ce qui leur arrive va nous arriver en retour.

La Syrie est depuis 1948 un pays en guerre avec son voisin israélien. Mais la situation actuelle a explosé d’abord à cause du facteur démographique : 60 % de la population a moins de 25 ans. La Syrie a cédé aux chants des sirènes d’un certain libéralisme, s’est rapprochée de l’Occident, décidant même d’adopter son modèle économique et institutionnel (multipartisme, élections, intégration des rouages institutionnels supra-étatiques régionaux et mondiaux). Aux récoltes locales, par exemple, ont été préférés les produits importés. À cela se sont ajoutées plusieurs années difficiles pour l’agriculture. Puis il y a eu la crise financière de 2008. Bref, cela s’est traduit par un accroissement de la pauvreté dans les campagnes, provoquant un exode rural imprévu, allié à une montée (entretenue) du mécontentement. Et le pire obscurantisme, instillé depuis les monarchies du Golfe, a pu s’implanter parmi les laissés-pour-compte des banlieues et des campagnes.

Quelques manifestations artificiellement organisées, des provocations habilement orchestrées (tirer, et sur la foule, et sur la police) ont suffi pour mettre le feu aux poudres. Les médias, Al Jazeera en tête, n’avaient plus qu’à inonder les ondes de prédications enflammées, et les services, qu’à livrer armes et cadres, pour transformer la Syrie en un enfer. Sont alors entrés en Syrie, depuis la Turquie et la Jordanie, en flots incessants, aujourd’hui encore, de jeunes décervelés et des repris de justice auxquels on fournit, pour ici-bas, des drogues (des substances insensibilisantes à la douleur subie ou causée), des armes, la possibilité de tout détruire, de piller et de commettre les pires atrocités, et, pour l’au-delà, s’ils trouvent la mort, la promesse d’un jardin de délices.

C’est cette politique dont nos médias sont les complices, parfois complaisamment involontaires certes, comme lorsqu’ils sont conduits par les « rebelles » à visiter des villages syriens, toujours les mêmes, villages qui ne sont que le théâtre de mises en scènes dignes de Disneyland.

Nos gouvernants sont d’autant mieux informés de ce drame qu’ils en sont les véritables commanditaires. Ils ont besoin de tenir les opinions publiques occidentales en laisse pour leur plan avoué et criminel de mise au pas par le chaos, commencé par la Yougoslavie, suivi de l’Irak, puis de l’Afghanistan, et de la Libye. Ils avaient déjà prévu un sort semblable pour l’Iran, et l’on voit bien que ni la Russie (Tchétchénie), ni la Chine (Xinjiang, sans parler du Tibet, de la Corée du Nord, du Japon, des Philippines, etc.), ni même l’Inde ne sont plus à l’abri. L’Amérique latine, qui a subi, elle, ce sort, est en voie de révolte et d’organisation contre ce « désordre mondial ».

Cette guerre est une guerre mondiale. Sur les ruines d’un ordre juridique international fondé sur l’idée de partage du monde entre une pluralité d’États, souverains par définition, dont tous étaient en Europe, rien de viable ne s’est encore construit. La Guerre froide n’a été qu’un bras de fer entre deux mondialismes identiques en leur essence. L’hégémonie de l’un n’a pas apporté la paix mondiale.

En Syrie se joue aujourd’hui la possibilité d’un nouvel ordre juridique international structuré par les relations entre plusieurs grandes puissances, toutes également souveraines, sur des régions délimitées du globe. Il ne servait à rien de dénigrer les frontières et les guerres sur les champs de bataille, qui, pour horribles qu’elles étaient, avaient au moins le mérite de n’avoir lieu qu’entre militaires porteurs d’uniforme, si c’était pour les remplacer par des opérations criminelles dirigées aveuglément contre les populations civiles (femmes et enfants, vieillards, blessés, malades, captifs) et personnellement contre les souverains légitimes et légaux des pays qui résistent à l’idée d’une domination mondiale.

Notre responsabilité est donc maintenant de comprendre et d’informer.

15 octobre 2013

Contact : appeldu1ermars2013@outlook.com

---

Source : E&R

Publié par ARB
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 22:15

(Libération, 16 octobre 2013 ; cliquer sur le cliché pour l'afficher intégralement)

Publié par ARB
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 22:12

Le Spectacle du Monde, n°603, dimanche 1 septembre 2013, p.56, « Portrait »
« MAURICE RONET, COMÉDIEN ÉPRIS D'ABSOLU »
par Arnaud Guyot-Jeannin

Disparu il y a trente ans, Maurice Ronet fut un acteur (et un réalisateur) rare, séduisant, tourmenté, mystique et tragique. Deux ouvrages saluent la mémoire de ce feu follet qui a pris trop tôt l'ascenseur pour l'échafaud

Maurice Ronet a fait l'expérience intuitive de la mort durant toute sa vie. Ayant intériorisé, dès son plus jeune âge, la philosophie tragique et esthétique de Schopenhauer (au point de vouloir lui consacrer un ouvrage), il traversa l'existence comme une épreuve du feu, brûlante et incendiaire. Une existence que relatent, aujourd'hui, deux livres publiés à l'occasion du trentième anniversaire de la disparition de l'acteur : une biographie classique et exhaustive, Maurice Ronet, le splendide désenchanté, de José-Alain Fralon, et un essai biographique plus intimiste, profond et empreint d'empathie, Maurice Ronet, les vies du feu follet, de Jean-Pierre Montal, qui, à travers un portrait intellectuel et spirituel de Ronet, cerne au plus près son être et sa vision du monde.

Jean-Pierre Montal rapporte ce témoignage du comédien Maxence Mailfort : « Maurice m'a souvent parlé de religion, de sacré. Plus exactement, d'éblouissements mystiques dans l'église de Saint-Sulpice [...] ». Une inclination confirmée par son défunt ami, le poète et mystagogue Jean Parvulesco, qui confia, un jour : « Ce qui l'intéressait chez moi, c'était mes connaissances spéciales, disons ésotériques. Et lui avait une connaissance intime, vécue, de son aventure mystique, (pas) uniquement intellectuelle. » Ronet, précisait Parvulesco, « voulait trouver le joint entre le catholicisme ésotérique et le mithraïsme... parce que c'était finalement une opération de salut, de délivrance totale obtenue par un sacrifice de sang. Le Christ avait établi son royaume et sa doctrine à travers son sacrifice de sang. Le mithraïsme, par le sacrifice de sang, reproduit ce processus ». Ces moments salvateurs de croyance en Dieu furent, cependant, toujours très fragiles. Et le désespoir, sur fond d'alcool, finit par l'emporter.

Appartenant - selon sa propre expression - à une « génération sacrifiée » - celle qui avait dix-huit ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale - , Maurice Ronet rêvait néanmoins de grandeur éthique et d'aventure politique. Mais la réalité de l'époque ne correspondait plus à ses aspirations. A la guerre et à ses rudesses avait succédé une paix douce et émolliente, placée sous l'horizon de la marchandise et de la consommation. D'où un mal de vivre engendré par un monde moderne partant à la dérive, en proie à un effrayant vide spirituel. Au lendemain de la mort de l'acteur, François Chalais rapportait, dans le Figaro Magazine, ces propos tenus par celui-ci en 1969 : « Mon ambition est d'être quelqu'un, pas quelque chose... Pas commode. A mon âge, les hommes sont tous P-DG, ou anciens combattants. Quant à la jeunesse, elle ne sait plus que se réfugier dans la drogue ou dans le dynamisme à reculons. Je ne suis plus dans le coup. Et mes amis sont déjà morts. »

Ce désespoir est contenu en germe dans Ascenseur pour l'échafaud, de Louis Malle (1957), d'après un scénario de Roger Nimier. Le titre du film est bien évidemment une métaphore de l'existence. Une noirceur profonde qui atteindra son paroxysme dans le Feu follet (1963), du même metteur en scène, d'après le roman de Pierre Drieu La Rochelle. Un pur chef-d'oeuvre, qui se termine par le suicide du personnage principal, Alain Leroy. Inspiré tout à la fois de l'écrivain surréaliste Jacques Rigaut et de Drieu lui-même, celui-ci a trouvé en Ronet l'interprète idoine. Fusionnant littéralement avec Leroy, l'acteur signe là, en effet, une prestation magistrale. Ce rôle, sans doute le plus fort et le plus emblématique de sa personnalité et de sa carrière, lui collera définitivement à la peau.

Lui-même en perdition, Maurice Ronet s'est toujours senti solidaire des causes perdues, cultivant le sens de l'honneur et de la fidélité. Ainsi osa-t-il prendre parti en faveur des épurés de 1945 (Alexandre Astruc a confié à l'auteur de ces lignes - le 12 mars 2013 sur Radio Courtoisie - que Maurice Ronet lui faisait écouter les Poèmes de Fresnes de Robert Brasillach, lus par Pierre Fresnay, et que cette lecture « lui arrachait des larmes aux yeux ») et des rescapés de l'OAS. Considérant que la vérité et la liberté se paient toujours très chers (à l'écran comme à la ville), il fit un jour cette observation : « [...] Dans mes compositions, c'est au moment où je commence à dire la vérité qu'on me bousille. On punit toujours le héros que je représente, dans sa clairvoyance, son cynisme, sa lucidité [...] J'ai souvent incarné celui qui jette un défi à la morale, à la vie. Et ce personnage-là n'a pas sa place. Alors, il faut le "flinguer". »

En 1973, Maurice Ronet part avec son ami l'écrivain et éditeur Dominique de Roux tourner un reportage pour la télévision sur la guerre menée par le Portugal au Mozambique. Appel de l'aventure, défense à contre-courant, pour l'honneur, d'un des derniers lambeaux d'empire européen en Afrique... Les deux hommes prennent des risques insensés et échappent de peu à la mort.

La même année, Ronet porte à l'écran Vers l'île des dragons, un documentaire allégorique, à la fois cosmogonique et eschatologique sur les lézards géants du Komodo, en Indonésie : « C'est une chronique sur la terre, l'eau, le feu et sur ces monstres qui n'existent que là, qui sont (de très loin) nos ancêtres, explique-t-il alors [...]. Il s'agit d'animaux qui sont à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de nous-mêmes, et puis ils étaient là bien avant nous et ils seront là bien après nous. C'est un peu le pèlerinage aux sources, ou un voyage en enfer, ou un film sur le début ou sur la fin du monde. »

Trois ans plus tard, le metteur en scène réalise Bartleby (1976), un drame intimiste d'après la nouvelle éponyme d'Hermann Melville, avec Michael Lonsdale et Maxence Mailfort. Il s'agit du récit d'un homme désespéré se conduisant comme un somnambule. Un mort en sursis, prostré dans une armure invisible, hermétique aux autres hommes, médiocres et parfois haineux à son endroit. Un seul l'aide comme il peut. Mais cela ne suffit pas. Un voyage au bout de la nuit que Ronet filme sous l'influence littéraire décisive de Louis- Ferdinand Céline. Bouleversant et sans concession. L'existence tragique et nue...

Maurice Ronet est mort d'un cancer le 14 mars 1983, à l'âge de cinquante-cinq ans, en homme de l'ancienne France et de la vieille Europe. Son projet d'adaptation télévisée de Semmelweis, de Céline, n'a pu voir le jour. Il nous reste, heureusement, ses films, à voir et à revoir, dans lesquels cet acteur authentique ne jouait pas la comédie.

A lire Maurice Ronet, les Vies du feu follet de Jean-Pierre Montal, éditions Pierre- Guillaume de Roux, 176 pages, 23 €; Maurice Ronet, le splendide désenchanté de José-Alain Fralon, éditions des Equateurs, 330 pages, 21 €.

Publié par ARB
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 22:06

Télérama, n°3325, supplément « Sortir Paris », samedi 5 octobre 2013, p.36 :
« Le choix du cinéphile »
Quiz Maurice Ronet
Jérémie Couston

Trente ans après sa mort, Ronet demeure une énigme. Pour tenter de percer le mystère : une rétrospective au Champo, la sortie d'une biographie et... un quiz.

1- Dans son premier film, Rendez-vous de juillet, de Jacques Becker (1949), il joue...
A- Un gigolo.
B- Un trompettiste de jazz.
C- Un conchyliculteur.

2- Roger Nimier et Louis Malle, les auteurs d'Ascenseur pour l'échafaud (1958, photo), lui offrent le rôle de l'amant meurtrier...
A- Après l'avoir connu chez Castel.
B- Sur les conseils de Jeanne Moreau.
C- Pour sa gueule d'amour.

3- Dans quel film Alain Delon se débarrasse-t-il de lui en le noyant ?
A- Plein Soleil, de René Clément (1960).
B- La Piscine, de Jacques Deray (1969).
C- Mort d'un pourri, de Georges Lautner (1977).

4- Quel chanteur a écrit une chanson en hommage à son personnage du Feu Follet, de Louis Malle (1963) ?
A- Renaud.
B- Daniel Darc.
C- Christophe.

5- Il avait « des yeux à contempler les gouffres » , selon Eric Neuhoff. Mais de quelle couleur ?
A- Bleu.
B- Vert.
C- Noisette.

6- Peintre à ses heures, il a aussi écrit deux livres, l'un sur Le Métier de comédien, l'autre sur...
A- Les bordels de Barcelone.
B- Les cocktails.
C- Les varans.

7- Proche des Hussards (Blondin, Nimier), il admirait aussi des écrivains d'extrême droite dont surtout...
A- Charles Maurras.
B- Louis-Ferdinand Céline.
C- Robert Brasillach. –

Réponses : 1-B ; 2-A et C ; 3-A et B ; 4-A et B ; 5-A; 6-C; 7-C

| Rétrospective Ronet | Jusqu'au 22 oct. | Champo, 51, rue des Ecoles, 5e | lechampo.com.
| Maurice Ronet, le splendide désenchanté, de José-Alain Fralon | Ed. des Equateurs, 284 p. | 20 €.

Publié par ARB
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 18:44

L'historien Raoul Girardet, qui vient de mourir, n'était assurément pas un admirateur fervent de Robert Brasillach, comme le montre ce compte rendu que le futur auteur de L'Idée coloniale en France de 1871 à 1962 (1972) publia sur La Conquête dans Les Cahiers de la restauration française (octobre 1943) [cliquer sur le cliché pour l'afficher en entier] :

Publié par ARB
6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 10:55

La Chronique de Paris, un rêve de francité nationale-socialiste

par Michel P. Schmitt, article paru dans le n°50 de La Revue des Revues (2013, p.56-89)

De novembre 1943 à juillet 1944 paraît en zone occupée La Chronique de Paris, une revue dirigée par Henry Jamet, et dont l’animateur principal est Robert Brasillach. Les principaux collaborateurs (Lucien Rebatet, André Fraigneau, Georges Blond) sont tous marqués par leur engagement fasciste d’avant-guerre et leurs prises de position collaborationnistes à partir de 1940. Tous sont connus pour leurs romans de grande qualité, régulièrement (re)publiés des années 1930 aux années 2010. À un moment où le vent semble avoir tourné pour le nazisme qui n’est plus sûr de remporter la victoire finale, la revue se propose de rassembler les forces intellectuelles et spirituelles autour de la permanence de la langue, du génie et de l’esprit classique français. À cette fin, les chroniqueurs rédigent de courts essais, publient des inédits et commentent la parution des livres nouveaux, redessinant de la sorte un champ culturel idéologiquement correct, au nom d’une culture européenne où l’Allemagne tient une place de choix, sur la base d’une dénonciation radicale des idées démocratiques et républicaines, communistes et vichystes, et plus que tout de la pensée juive. La présente étude s’interroge sur l’énigme des mécanismes idéologiques qui s’emparent d’esprits brillants et cultivés, d’analystes aigus et sensibles, pour les mettre au service d’un totalitarisme obscurantiste et raciste.



From November 1943 to July 1944, La Chronique de Paris, a review directed by Henry Jamet and whose main protagonist was Robert Brasillach, was published in the occupied zone. The main collaborators (Lucien Rebatet, André Fraigneau and Georges Blond) were all marked by their commitment to fascism before the war and their collaborationist stance from 1940 onwards. All are known for their having written novels of high literary standards, regularly (re)published from the 1930s to the 2010s. At a point when the wind seemed to have turned for the Nazis who were no longer certain of securing the final victory, the review purported to gather intellectual and spiritual forces around the permanence of the French language, genius and classical wit. To this end, the chroniclers wrote short essays, published previously unpublished material and commented on the publication of new books, thus sketching an ideologically correct cultural field in the name of a European culture in which Germany occupied a prominent place and on the basis of a radical denunciation of democratic and republican ideas, of the communists and vichyists, and above all of Jewish thought. The present study questions the enigma of the ideological mechanisms that took possession brilliant and cultivated spirits, of sensitive and sensible analysts to enrol them in the service of obscurantist and racist totalitarianism.

Publié par ARB
4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 15:12

Telle est la question posée par un internaute pour lancer un débat sur le site Yahoo ("Questions/réponses").

Publié par ARB

Présentation

  • : ARB
  • ARB
  • : Blog de l'association littéraire des ARB ("Amis de Robert Brasillach")
  • Contact

Recherche