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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 15:38

Une métamorphose énigmatique

Éric Roussel, Le Figaro, supplément "Littéraire", 12 novembre 2009

«Le cas Bernard Faÿ du Collège de France à l'indignité nationale» d'Antoine Compagnon - Il retrace l'itinéraire de Bernard Faÿ, un intellectuel de l'entre-deux-guerres devenu un collaborateur patenté.

Dans les années 1970 paraissaient de loin en loin des livres d'un certain Bernard Faÿ, qui devait disparaître en 1979. Le dernier de ces ouvrages, consacré à Rivarol, sortit en 1978 ; curieusement, il ne comportait aucune présentation, même sommaire, de l'auteur. Après avoir lu la savante et passionnante étude que vient de consacrer à ce dernier Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, on comprend mieux pourquoi. Figure du Tout- Paris intellectuel de l'entre-deux-guerres, spécialiste reconnu de la civilisation américaine, élu à ce titre au Collège de France à moins de quarante ans (il était en concurrence avec André Siegfried !), Bernard Faÿ se métamorphosa en effet pendant la guerre en collaborateur patenté de l'occupant. Administrateur de la Bibliothèque nationale, il s'illustra par le zèle avec lequel il poursuivit de sa vindicte les Juifs et mena une véritable croisade contre la franc-maçonnerie. Condamné aux travaux forcés en 1946, évadé quelques années plus tard, gracié en 1959, il eut une sinistre fin de vie, marquée par l'amertume et la certitude d'avoir été victime d'un complot.

Pour Bernard Faÿ, issu d'une famille de la bourgeoisie parisienne et catholique, la vraie vie commença pendant la Grande Guerre. Réformé, affecté à la Croix-Rouge aux armées, organisée par le comte Étienne de Beaumont, personnage central de la vie parisienne de l'époque, il gagna là son ticket d'entrée dans les salons, s'initia à la littérature, et fit la connaissance de nombreux citoyens du Nouveau Monde, en particulier Gertrude Stein. Rencontres décisives.

Vindicatif et rancunier

La paix revenue, Faÿ s'embarqua pour les États-Unis, enseigna à Harvard tout en revenant souvent à Paris où il continua de fréquenter Proust, Cocteau, les musiciens du groupe des Six, et les dadaïstes. «Il était alors, note Antoine Compagnon, un parfait homme du monde, et en plus un intellectuel aussi à l'aise à Chicago ou à San Francisco qu'à Paris, à la Sorbonne que dans le faubourg Saint-Germain.» Aux États-Unis, il publia des biographies de Washington et de Benjamin Franklin qui obtinrent une audience appréciable, à Paris, il collaborait à de nombreuses publications, et informait le public français des réalités américaines.

L'élection au Collège de France couronna ce départ en fanfare. À l'époque, Bernard Faÿ ne faisait pas figure d'extrémiste, même s'il écrivait dans des journaux clairement engagés comme Je suis partout. Il gardait assez de liberté de jugement pour faire dans ces colonnes l'éloge de Franklin Roosevelt, qui à ses yeux réveillait une Amérique enfoncée dans la crise. L'homme, en vérité, semblait surtout écartelé entre son traditionalisme profond, hérité de son milieu, une homosexualité honteuse qui le marginalisait, et la fréquentation de l'avant-garde. À cela s'ajoutait un caractère vindicatif, jaloux, rancunier.

Rien ne laissait malgré tout supposer les abîmes dans lesquels sombra ce singulier personnage de 1940 à 1945. Car ce ne sont pas seulement des opinions aberrantes que l'on put reprocher à Bernard Faÿ, mais bien des faits, générateurs d'un sort funeste pour de nombreuses personnes. Au bout du compte et au terme d'un travail d'une probité exemplaire, Antoine Compagnon s'avoue lui aussi incapable d'expliquer rationnellement la conduite de son triste héros. Dans leurs pires errements, Drieu la Rochelle, Benoist-Méchin, et même Brasillach conservèrent une certaine noblesse. Rien de tel dans le cas de Bernard Faÿ, dont la méchanceté, la mesquinerie et l'absence de toute générosité éclatent littéralement. Le vrai mystère est qu'un tel individu ait pu assez longtemps faire illusion et atteindre les sommets de la méritocratie républicaine. Mais il est vrai qu'aucun système de sélection ne peut déceler les failles intimes qui dictent les destinées humaines. Le drame de Bernard Faÿ fut sans doute de n'avoir pas réussi à réaliser l'unité de son personnage, de n'être jamais parvenu à transcender cet échec par l'art. Estimables, d'une érudition incontestable, ses livres ne constituaient pas l'œuvre dont cet esprit tourmenté rêvait probablement. D'où, comme dans le cas de Maurice Sachs, une haine de soi irrépressible, une fuite en avant, débouchant sur l'abjection.

Le cas Bernard Faÿ du Collège de France à l'indignité nationale d'Antoine Compagnon, Gallimard, coll. Suite des temps, 208 p., 21 €.

Publié par ARB - dans REVUE DE PRESSE
12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 10:26
Le Magazine des livres publie dans son n°20 (novembre/décembre 2009) un dossier sur "Les écrivains de la collaboration", notamment Robert Brasillach, dont un portrait orne la couverture.
Publié par ARB - dans REVUE DE PRESSE
9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 12:32
 

Dans l’article dont un extrait a été reproduit hier, Laurent Dispot constate qu’ « en mars 2009, le centenaire de [la] naissance en mars 1909 [de Robert Brasillach] n’a même pas été remarqué ». De fait, le nom de Brasillach est complètement absent de la brochure que la délégation aux Célébrations nationales (dépendant de la Direction des Archives de France du Ministère de la Culture et de la Communication) a éditée pour 2009. Pour l’année 2009, dans la section « Littérature et sciences humaines », sont distingués : La Nouvelle Revue Française, Charles-Louis Philippe, René Etiemble, Simone Weil, Léo Malet, André Pieyre de Mandiargues, Régine Pernoud, Eugène Ionesco ». Et, parmi les « autres anniversaires signalés » : Mireille de Mistral, Henri Bergson, Jacques Droz, Zazie dans le métro.

Mais peut-être Régine Pernoud a-t-elle, à l’occasion, évoqué Robert Brasillach, vu qu’elle s’est elle aussi beaucoup intéressé à Jeanne d’Arc ?

PMH.

Publié par ARB - dans BIOGRAPHIE
9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 11:49

 

 

Chantal Meyer-Plantureux, professeur en Arts du spectacle, à l’Université de Caen et au CNRS, accomplit un remarquable travail sur le théâtre à l’époque contemporaine, notamment à partir de la presse et de la critique théâtrales, ce qui l’amène à croiser fréquemment la route de Robert Brasillach. Voici comment elle présente sur son site sa réédition des Animateurs de théâtre, le maître-livre de Brasillach en la matière :

« Si, après avoir publié Émile Zola puis Romain Rolland, nous avons décidé d'exhumer Animateurs de théâtre, livre depuis longtemps introuvable d'un critique "oublié" des historiens du théâtre, c'est qu'il reste encore aujourd'hui le témoignage le plus riche sur le Cartel- Dullin, Jouvet, Baty et Pitoëff-. Retracer dans une longue préface l'itinéraire de ce critique dramatique, curieux de toutes les tentatives d'avant-garde, ne partageant ni les frilosités ni les goûts conventionnels de son camp, s'avère d'autant plus intéressant qu'il révèle aussi, en creux, le parcours politique de Brasillach. Accompagnée d'un appareil critique et d'une bibliographie des textes originaux, cette édition d'un Brasillach, présenté ni comme "traître" ni comme "martyr", veut contribuer à rendre au théâtre sa mémoire politique et, comme tous les volumes de cette collection, à lui restituer sa place dans le débat d'idées. »

On trouvera également sur le site de Chantal Meyer-Plantureux quelques comptes rendus de son ouvrage (parus dans Le Figaro, Libération, Le Nouvel Observateur et Marianne), une émission de Radio Notre Dame, ainsi qu’une présentation d’un autre de ses ouvrages, Les enfants de Shylock ou l’antisémitisme sur scène, dans lequel il est également question de Brasillach, notamment à propos de La Reine de Césarée.

PMH.

 

Publié par ARB - dans THÉÂTRE
8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 12:15

Paru initialement dans la revue de Bernard-Henri Lévy, La Règle du jeu (n°41), voici un extrait d'un article de Laurent Dispot intitulé "Sarkozy Fan Tutte : rupture avec l'homophobie", "réactualisé" sous le titre ""Garçon" n'est pas "petit garçon"... Pédé n'est pas pédo", sur le site Internet de La Règle du jeu

Être homo n’est pas une excuse : le cas Bernard Faÿ

Sous l’Occupation, Bernard Faÿ s’était spécialisé dans l’antimaçonnisme viscéral associé à l’antisémitisme. Nommé directeur de la Bibliothèque nationale à la place de Julien Cain, qu’il fit déporter pour cela à Buchenwald comme Juif, il avait ses entrées à l’Hôtel du Parc à Vichy, où résidait Pétain, qu’il distrayait par son érudition. Pendant quatre ans, s’installant au siège du Grand Orient, il allait s’investir avec une violence maniaque dans un rôle d’inquisiteur contre les maçons, dont beaucoup lui « doivent » l’exclusion de leur emploi, la saisie de leurs bibliothèques pour les expédier en Allemagne, leur déportation, leur exécution. Il se vantait de contourner l’ambassadeur de Hitler à Paris, Otto Abetz, pour « travailler » directement avec les SS, plus « expéditifs ». Publiant dans La Gerbe des textes qui font gerber, expert en publication de listes de maçons qu’il dénonçait aussi comme Juifs, il exerçait au passage des vengeances personnelles et perquisitionnait dans les loges, assisté de son élève, chauffeur et compagnon sexuel, Gueydan de Roussel, traducteur de Carl Schmitt, assidu des locaux de la Gestapo avenue Foch, cofondateur du “Cercle aryen” en 1943 avec Henri Coston. A la Libération, Gueydan réussit à fuir en Argentine et à investir dans une vaste hacienda les bénéfices de ses saisies. Son patron Bernard Faÿ, arrêté, est condamné à mort ; sa peine commuée en perpétuité est grâciée dans une fournée imposée au président Coty en 1959. En 2009, au cinquantenaire de ce geste au moins contestable, voici qu’un courant se manifeste pour la « réhabilitation » du criminel définitif Bernard Faÿ : le présentant avec une étrange ferveur apologétique comme un moderne, un proustien, un Américain, et bien sûr… un homosexuel – comme si tout cela changeait quoi que ce soit à ses crimes. Devant une telle exaltation, il faut témoigner d’une détresse, d’une mise en danger de l’antinazisme, et par là de la morale de la République. Donc de son moral.

De Gaulle ne fut pas d’avis que Brasillach aurait été moins coupable parce qu’homosexuel : ce pronazi français avait insisté pour que les enfants juifs fussent envoyés avec leurs parents à la mort dans les camps et les chambres à gaz. Il n’avait cessé de harceler les lecteurs de sa feuille collaborationniste Je suis partout avec son exigence de voir exécuter Georges Mandel : après que celui-ci ait été assassiné par des sbires de la Milice se sentant dûment autorisés et mandatés, rien d’étonnant à ce que le Général ait tenu Brasillach pour responsable. En mars 2009, le centenaire de sa naissance en mars 1909 n’a même pas été remarqué. Son compagnon sexuel et beau-frère de façade, le nazi français Bardèche, était parvenu après 1945 à passer entre les mailles du filet de la justice, comme le nazi français Bernard Faÿ. Et aussitôt il avait entrepris de mettre au point le déni de la destruction des Juifs d’Europe : il a été le premier promoteur du négationnisme, puis son animateur obstiné, acharné. Cela est-il excusé par le fait qu’en parallèle il publiait des livres sur Balzac, Stendhal, Flaubert, Proust ? Et rééditait une Histoire du cinéma cosignée avec Brasillach ? Bien sûr que non.

Au contraire. Il s’agit d’une technique révisionniste : l’acceptabilisation. La mise en place d’un système de blanchiment d’idéologie sale. L’homosexualité sert ici de lessiveuse, à cause d’un préjugé “favorable”, d’indulgence amusée, dont elle bénéficie, et qui est en réalité du mépris. Déculpabiliser Faÿ équivaut à une attaque frontale, violente et vicieuse contre l’antinazisme. Et contre l’homosexualité, puisqu’elle est compromise, manipulée dans l’opération, présentée comme si elle le parait, aux deux sens du terme : le décorait (prestige, esthétique, dandysme), et le protégeait (cuirasse, immunité, excuse).

À quoi bon Guy Môquet, si Bernard Faÿ l’égale ? Réhabiliter Faÿ, c’est habiliter Bardèche, donc le négationnisme. C’est franchir la ligne jaune de la complicité avec le crime contre l’humanité ; jaune, c’est le cas de le dire : comme l’étoile de même couleur. Ce n’est pas parce qu’ils étaient homos que Faÿ et Bardèche ont été nazis : puisque des homos étaient en face, tel le bras droit de Jean Moulin à la tête de l’Armée secrète, Daniel Cordier alias « Caracalla », qui répète en 2009 à la parution de ses Mémoires qu’il a toujours été homosexuel. Mais à l’inverse, ce n’est pas non plus parce qu’ils étaient homos que Faÿ et Bardèche auraient été « moins » nazis pour autant.

Il faut choisir le genre Cordier contre le genre Faÿ : voilà le vrai gender.

Publié par ARB - dans REVUE DES REVUES
3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 10:57

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ARB 2009


L’Association des Amis Robert Brasillach et son Président, P. Junod, ont le plaisir de convier ses adhérents à la prochaine assemblée générale ordinaire qui se tiendra le


Samedi 21 novembre 2009 dès 15h

Café-Restaurant Papon, rue Henri-Fazy 1, 1204 Genève

Cette année encore, nous avons réservé la magnifique salle dite La Grotte du Café Papon, attenant à L’Hôtel-de-Ville, au cœur de la Vieille-Ville (10 min. de la gare Cornavin. Parking St Antoine)

1909 – 2009 :

100ème Anniversaire de la naissance de Robert Brasillach

Avec la présence de

Bruno Bardèche et la famille Bardèche-Brasillach, Philippe d’Hugues, Eric Delcroix, Manuel Heu, Slobodan Despot, Robert-Pascal Fontanet, le Dr. Merlin…

Ordre du jour

1. Mot de bienvenue et rapport du Président
2. Lecture des comptes et du rapport des réviseurs
3. Approbation des comptes et décharge au Comité
4. Réélection du Président et du Comité.
5. Projets et divers
 
Dès 17 heures.
 
Interventions autour de Brasillach et des ARB avec nos invités
Lectures de textes de Brasillach par Slobodan Despot, éditeur
Pierre Favre , donneur d’élan et passeur d’art, par J.-Ph. Chenaux, journaliste indépendant
Hommage à Jean-Claude Fontanet par Me R.-P. Fontanet
 
20 heures : Repas (menu à CHF 60.-, 3 dl de vin, eau et café compris, menu jeune à CHF 40.-) précédé d’un apéritif offert par les ARB.
 
Animation avec le Dr. Merlin qui chantera les Poèmes de Fresnes

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Coupon de réservation obligatoire


Nom, prénom :

Adresse :

 Je participerai à l’Assemblée générale du 21 novembre 2009 et je réserve ………. place(s) pour le repas

 Veuillez me réserver ………. chambre(s) simple(s) (CHF 110.-) ou ….. chambre(s) double(s) (CHF 200.-) à l’Hôtel Excelsior (Rue Rousseau, 3 min. de la gare, tarifs préférentiels)

Coupon-réponse à renvoyer aux ARB, case postale 3763, CH-1211 Genève 3
ou
brasillach@europae.ch,  tél. : 00.41.22/319.42.42, fax 00.41.22/319.42.43

Publié par ARB - dans ARB
13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 10:32

Pierre Assouline a sorti dernièrement, chez Omnibus, ce qu’il a intitulé un Autodictionnaire Simenon. Il a déclaré avoir inventé le terme "autodictionnaire", « et la collection, car il y en aura d’autres » (Le Nouvel Observateur). Remarquons qu’il a l’honnêteté de ne pas prétendre avoir inventé cette forme d’ouvrage et contentons-nous d’un exemple d’antériorité (d’après la bibliographie établie par Alain de Benoist) : Robert Brasillach en toutes lettres. Un dictionnaire critique d’après Robert Brasillach, par Cécile Dugas, en 2 volumes, n° spéciaux des Cahiers des Amis de Robert Brasillach, 46-47 (années 2001-2002) et 48-49 (années 2003-2004), Genève, 2004, 432 et 432 p., index, préface de Philippe Junod [recueil de 1800 citations classées par thèmes].

Publié par ARB - dans REVUE DE PRESSE
25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 10:07
En complément de la biographie de Ramon Fernandez par son fils Dominique, Rivarol a reproduit dans son numéro 2918 (11 septembre 2009, p.11) la nécrologie de Fernandez que son compagnon Robert Brasillach publia dans L'Écho de la France le 15 août 1944.
Publié par ARB - dans REVUE DE PRESSE
7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 09:28
Le Cercle du Six février vient de mettre en ligne "Un vieux Gaulois", article publié par Robert Brasillach dans Combat en avril 1936 (n°4). Nous le reprenons à notre tour.

On aura tout revu. Dans les événements honteux qui ont rempli le mois dernier les colonnes d'une presse insensée, tout Français raisonnable a eu, certes, de quoi s'émouvoir et s'inquiéter. Mais de quelle manière juger l'attitude de ceux qui nous gouvernent et de leurs valets? Comment ne pas se souvenir comme d'une suite d'infamies particulièrement répugnantes de tout ce que nous avons entendu? Il faut se rappeler, il faut se rappeler ce concours immense de sottise, de bassesse, de dangereuses illusions, de criminelles provocations, de manque de sang-froid, auxquels se sont livrés tous ceux qui devraient garder la tête libre.

Pour l'ensemble de la presse de notre pays, nous n'avons que du mépris. Mais il est peut-être bon que parfois ce mépris trouve à s'appliquer sur quelques faits robustes et nouveaux. Et nous les avons eus, ces faits nouveaux! Nous risquions d'oublier à quel degré pouvaient descendre ceux qui, ayant arraché à leur derrière leur plume de parade, s'imaginent aisément qu'elle leur confère des droits.

Ce fut un beau spectacle. On nous convia à admirer le discours le plus affolé qu'ait jamais prononcé un président du Conseil, au sortir d'une nuit d'orgie où il a cru trouver sans les complaisances d'une maison bien achalandée de flatteurs encouragements pour sa virilité. Et quelques jours après, après la suite la plus effrayante d'erreurs et de gaffes qu'ait pu commettre une diplomatie de chevaux de bois et de tir aux pigeons, on nous a demandé d'admirer la sagesse et la prudence françaises. Matamores gonflés de mots, les maîtres de la France l'ont fait descendre au rang d'une nation assistée, pleurant à travers l'Europe et quêtant son sucre d'orge ou son martinet. Tandis qu'à l'horizon se profilaient déjà des spectres redoutables, légion étrangère de toute guerre, fantômes à vendre et toujours vivants, fantôme du Rouleau compresseur, du Réservoir d'hommes, en attendant celui de la Tartine.

On a embrigadé à nouveau les vieux serviteurs qui ont fait la dernière guerre et feront la prochaine. Paris-Soir nous a conviés à lire les mémoires d'un déserteur allemand, et on nous a prié de respecter ceux qui nous gouvernent, parce qu'ils représentent la France. Mais je crois bien que la palme, dans ce concours général des sottises et des bassesses, la palme appartient à l'Intransigeant.

La lutte était sévère entre les deux grands journaux du soir: le premier avait pour lui la pornographie de famille, les jambes de Ladoumègue, les mémoires du bourreau de Londres. L'Intran ne pouvait lutter, l'Intran, par un coup de maître, réinventa le patriotisme. Le soir où Hitler pénétrait en Rhénanie, Louis-Louis Dreyfus publiait un article intitulé Caveant Consules. Il ne faudrait pas que ces lignes fussent perdues. La défroque révolutionnaire, les soldats de Valmy, les armées semeuses de liberté, reparaissaient à travers les égarements qu'impose à la plume un esprit qui sans doute a puisé son réconfort dans quelque eau-de-vie de grains. Et pour finir, ce petit-fils d'émigrés invoquait sans vergogne, les vieilles vertus de nos ancêtres les Gaulois.

Au moment où cet article parut, au moment où nous avions besoin de tout notre sang-froid, de telles phrases, emplies d'une telle suffisance inconsciente, de pareilles rodomontades (suivies de quel résultat! suivies de quelle mendicité, de quelle molle et dégoutante prosternation!) méritaient sans doute de faire leur effet. A dire le vrai, il se fit une sorte d'union sacrée contre le marchand simoniaque. De la droite à la gauche, on pria Louis-Louis Dreyfus de revenir à un peu plus de pudeur. Il se contente aujourd'hui d'inspirer les articles de son journal.

On nous apprend, au cours de l'histoire, que de temps en temps, le peuple pend les spéculateurs sur le blé. Dans la tristesse des événements, ces exécutions paraissent des oasis de justice et de fraîcheur. Mais je ne trouve pas que cela soit tout à fait suffisant lorsque les marchands deviennent professeurs de patriotisme et que les descendants des voleurs de grands chemins, qui ont détroussé successivement les Croisés et ces fameuses armées révolutionnaires, se mêlent de relever, par avance, "le moral de l'arrière". On rêve d'une justice qui inventerait quelques supplices inédits, et rigoureusement adaptés à la situation. Qui brûlerait M. Sarraut sur un bûcher de Dépêches de Toulouse, en compagnie, pour consoler son anticléricalisme, de quelques évêques français. Qui se transporterait en corps à Londres pour noyer M. Flandin dans la Tamise. Et qui, imitant Richard III, étouffant son frère, dans un tonneau de malvoisie, étoufferait Louis-Louis Dreyfus dans un sac de blé. Avec toutes les formes légales, naturellement.

Robert Brasillach

PS: - Voici une petite histoire morale. Le jour de la remilitarisation de la Rhénanie, M. Louis-Louis Dreyfus éprouva le besoin de s'en aller à confesse chez M. Léon Blum. Il prit un taxi, qu'il fit attendre à la porte pendant que son pape lui donnait l'absolution. Dûment béni, il se préparait à régler le chauffeur quand celui-ci, un brave Français, l'arrêta du geste: Vous êtes allé chez Blum? - Oui - Alors, je ne vous fais pas payer. Et il démarra avec un gentil sourire, ne se doutant pas qu'il avait transporté ce jour-là, dans son taxi, quelques milliards.

Bien entendu, c'est Louis-Louis Dreyfus qui raconte lui-même cette fable, les larmes aux yeux. Elle me paraît un assez joli symbole.
Publié par ARB - dans ARTICLES
18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 10:33

Notre avant-guerre a été conseillé au cours d'une "promenade littéraire estivale" proposée par Claude Giraud dans son "Libre journal" du jeudi 13 août 2009, sur Radio Courtoisie.

Publié par ARB - dans REVUE DE LA RADIO

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