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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 21:57

Le blog "Mister Arkadin" annonce qu'"un hommage sera rendu à l'écrivain, critique et historien du cinéma Robert Brasillach (1909 - 1945), à l'occasion de son centenaire" au "Libre journal du cinéma" de Philippe d'Hugues, jeudi 19 mars 2008 sur Radio Courtoisie.

Publié par ARB - dans REVUE DE LA RADIO
12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 11:06

Vous avez su, ma chère Angèle, que j'ai passé en Belgique la semaine où les cafés parisiens ont fait grève, non point, comme vous semblez l'insinuer, par un amour immodéré de la bière belge, laquelle est excellente, ni pour placer en des banques sûres des capitaux que je n'ai pas. Je vous raconterai quelque jour ce voyage, mais il faut d'abord que je réponde à la question un peu anxieuse que vous me posez: "Avez-vous vu Léon Degrelle?" Je reconnais bien là l'illogisme charmant de votre coeur et de votre esprit: vous aimez le Front populaire, et vous levez volontiers, au thé de vos amies, un poing d'ailleurs menu et délicieux, mais vous êtes sensible aux meneurs d'hommes, et le dernier-né de ces chefs, secrètement, ne vous déplaît pas.
Eh bien, rassurez-vous, ma chère Angèle, j'ai vu l'homme dont vous me parlez. J'aurais, je l'avoue, quelque scrupule à vous le décrire, si je m'adressais à une autre: les Français sont assez maladroits à parler des choses de Belgique, et j'aurais peur de me tromper. J'ai lu dans le journal Rex un pastiche fort malicieux: le récit d'une entrevue avec Léon Degrelle par un journaliste parisien de grande information. Croyez-moi, c'était tout à fait cela: mais j'aimerais autant ne pas être ce journaliste.

J'ai donc vu Léon Degrelle, le jour exact où il atteignait sa trentième année, le 15 juin dernier. Ce jeune chef, à vrai dire, ne parait même pas beaucoup plus de vingt-cinq ans. Et ce qu'il faut avouer d'abord, c'est que, devant ce garçon vigoureux, entouré d'autres garçons aussi jeunes, on ne peut se défendre d'une assez amère mélancolie. On a cru déconsidérer Rex en l'appelant un mouvement de gamins. Aujourd'hui, il y a autour de Léon Degrelle des hommes de tout âge, et la seule jeunesse qui importe est celle de l'esprit. Mais l'essentiel reste dans la jeunesse réelle, la jeunesse physique des animateurs, qui s'est communiquée à tout l'ensemble. Hélas! ma chère Angèle, quand aurons-nous en France un mouvement de gamins ?

A d'autres observateurs plus âgés, peut-être, après tout, les bureaux de Rex seraient-ils pénibles, comme ces bureaux du quotidien Le Pays Réel où j'irai tout à l'heure acheter quelques brochures et cet insigne rexiste par quoi j'étonne les passants, à Paris. J'ai déjà vu de ces permanences d'étudiants, désordonnées, vivantes, où semblent régner la blague et l'humour. Et puis, on se dit que ces étudiants ont derrière eux des centaines de milliers d'hommes, qu'on les écoute, qu'ils peuvent être l'aube d'une très grande chose, et que nous avons, en tout cas, beaucoup à apprendre d'eux.

Je vois s'avancer vers moi ce jeune homme agile, bien portant, dont les yeux brillent si joyeusement dans un visage plein. Il me parle de sa grosse voix faite pour les foules, éclatante mais naturelle. Je ne sais pas encore ce qu'il me dit, ce qu'il vaut: je sais seulement qu'il respire une joie de vivre, un amour de la vie, et en même temps un désir d'améliorer cette vie pour tous, de combattre, qui sont déjà choses admirables. Je ne crois pas, ma chère Angèle, qu'il y ait de grands chefs sans une sorte d'animalité assez puissante, de rayonnement physique. J'ignore si Léon Degrelle a d'autres qualités: il a d'abord celles-là.

I1 en a d'autres aussi visibles d'ailleurs et tout aussi instinctives.

- Je ne suis pas un théoricien politique, dit-il avec force. La politique, c'est une chose qui se sent, c'est un instinct. Si on n'a pas cet instinct, il est inutile de chercher quoi que ce soit. Mais bien sûr, il faut travailler, il faut faire des efforts. I1 y a plusieurs années que nous nous faisons connaître. I1 ne vient pas en un jour, l'été.

Comme cette phrase semble lui convenir, cette vision saisonnière de la politique, cette grande façon de sentir le vent, de chercher le courant charnel des choses. C'est par là que Léon Degrelle a touché tant d'esprits en Belgique, et même au-delà des frontières. Il a cristallisé dans Rex non point des idées, mais des tendances. Tendances qui sont traduites d'ailleurs dans le détail d'une manière beaucoup plus précise qu'on ne le croit. Car c'est justement parce qu'il se méfie de l'abstraction, et qu'il a des réclamations de détail que Rex a du succès: c'est le détail qui est notre vie quotidienne, et non le général, et les femmes, ma chère Angèle, devraient comprendre cela.

- C'est ce que les partis de droite, en France comme en Belgique, n'ont pas su voir, me dit-il. Ils ont un programme social, bien sûr, mais jamais ils ne l'appliquent à la vie. Ils ignorent cette vie. La seule classe qui ait une éducation politique, bonne ou mauvaise, c'est la classe ouvrière: c'est la seule qui assiste à des réunions, qui lise des journaux, qui sache réclamer ce qu'elle veut. Les partis de droite se sont exclus de cette participation du peuple à la vie. Et sans le peuple, voyons, que voulez-vous faire ?

Seulement, pour cela, il faut commencer par comprendre.

"Notre mouvement est un mouvement populaire. I1 ne faut pas croire que ce sont les socialistes qui font quelque chose pour les ouvriers. La semaine de quarante heures? Elle existe depuis deux ans en Italie. Et à partir de l'an prochain, en Allemagne, on va emmener les ouvriers en croisière de trois semaines, aux Canaries, aux Açores, sur des bateaux aménagés pour eux. Ce sont les régimes d'autorité qui instituent des fêtes du travail, qui font comprendre sa dignité à l'ouvrier. Voilà pourquoi il vient à nous."

Et il se met à rire, soudain, avec cette jeunesse qui ne l'abandonne jamais.

- Ah! les communistes sont furieux! Ils ne peuvent plus organiser de réunions, ils sont obligés de venir porter la contradiction aux nôtres. Le drapeau rouge? C'est notre drapeau! Le Front populaire? Il n'y en a qu'un en Belgique: "Le Front populaire Rex". L'Internationale? Nous la chantons - avec d'autres paroles. Les grèves? Nous revendiquons tout ce que demandent les ouvriers. Je vais déposer une proposition de loi pour l'augmentation des salaires de 10%. Seulement, pas de démagogie: il faut en même temps déposer une proposition pour augmenter les recettes du même chiffre.

Devenu plus grave, il ajoute :

- L'important, c'est l'esprit dans lequel tout est fait. Lors d'une catastrophe dans nos mines, notre roi Albert a demandé à un ouvrier: "Que voulez-vous?" Et l'ouvrier a répondu: "Nous voulons qu'on nous respecte." Voilà l'essentiel. Voilà ce que ne comprennent pas les partis de droite, ni chez vous ni chez nous.

Léon Degrelle s'est mis à marcher dans son bureau. I1 a une sorte de colère contre toute cette incompréhension des hommes de droite, des hommes de gauche, toutes ces vieilles formules, tout ce qui irrite, à l'intérieur de toutes les frontières, à la même heure, tant de jeunes gens. Pêle-mêle, il m'explique ses projets, où se marient si curieusement le corporatisme moderne, les principes chrétiens. Il veut créer un service social pour les femmes, envoyer en journée chez les malades, les accouchées, des jeunes filles bourgeoises, il veut faire aimer leur travail à tous ceux qui travaillent. Et peut-être, sur certains principes économiques, des spécialistes auraient-ils à discuter. Je ne suis pas spécialiste, je ne suis pas venu pour discuter. Pas plus que je ne discuterais (en aurais-je le droit?) la politique proprement belge de Léon Degrelle, flamingante en Flandre, wallonne en Wallonie. Qui sait si elle ne sauvera pas la Belgique? Tout ce qui me touche est ce journal qu'il me tend, le numéro d'aujourd'hui du Pays Réel: "Travailleurs de toutes les classes, unissez-vous!" puis-je lire en titre. C'est l'accent direct, le vocabulaire neuf de ce parti de gamins. On peut en penser tout ce qu'on voudra, on les sent proches de soi.

Et puis, la Révolution de Léon Degrelle est une Révolution morale. I1 n'y en a point d'un autre ordre. Léon Degrelle veut ranimer les hauts sentiments, l'amour du roi, l'amour de la nation, aider la famille, accorder le bonheur terrestre, autant qu'il se peut, à celui qui travaille. C'est ce qu'ont fait Mussolini ou Salazar. Qu'on ne s'étonne pas s'il soulève autour de lui tant d'espérances, et aussi tant de haines. Nous parlons ensuite de la France, de sa culture, envers qui il reconnaît tant de dettes, de ses hommes, du désir que doit avoir tout civilisé de voir notre pays sortir de ses formules usées et de ses dangereuses illusions. Je vois bien que nos partis, quels qu'ils soient, ne disent rien qui vaille à ce jeune homme violent et direct. "I1 n'y a qu'un parti à droite qui sait ce qu'il veut chez vous, me dit-il, c'est l'Action française". Et il ajoute: "Naturellement, nous avons tous lu Maurras". Puis il retourne à son amour de l'action, à ses réunions immenses, à ses projets matériels, qu'enflamme un grand espoir. Soudain, il s'arrête encore, revient à la France, pour me jeter: "I1 est possible que vous n'ayez qu'un homme, en France, dans le personnel politique proprement dit: c'est Doriot."

Pourquoi vous cacherais-je, ma chère Angèle, que j'ai quitté Léon Degrelle avec une certaine amertume. L'autre semaine, j'étais à la Chambre, devant des fossiles jeunes et vieux. Ici, il y aurait peut-être beaucoup à discuter, et bien des points demeurent encore obscurs dans ce rexisme, même après avoir lu les livres de ses jeunes docteurs. Je ne veux rien juger sur une heure de temps. Mais il n'y a pas au monde seulement les livres. Cette jeunesse, morale et physique, cette assemblée de jeunes gens qui semblent presque s'amuser à construire un univers, et qui, en fait, travaillent avec acharnement, parlent, écrivent, se battent, courent sans cesse sur les routes et dans les trains, s'arrêtent aux moindres villages, et dorment deux ou trois heures par jour, mais sans jamais abandonner leur joie, tout cela, pourquoi ne le dirais-je pas ? m'émerveille et m'attriste. De toutes les tendances confuses qui agitent la France ne pourrait-il sortir quelque jeunesse enfin ?

Je ne sais pas ce que fera Léon Degrelle, et je ne suis pas prophète comme M. Blum. Mais croyez-moi, ma chère Angèle, il est assez émouvant de s'arrêter au seuil de quelque chose qui commence, qui est encore menacé par tant de dangers, de regarder une espérance qui commence à germer - et, ma foi, même si nous ne devions pas tout en aimer dans l'avenir - de l'envier.


Robert BRASILLACH.
(Je Suis Partout, 20 juin 1936).

Publié par ARB - dans LETTRES À UNE PROVINCIALE
10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 17:07

« Cet acharnement à mettre en péril l'essentiel, pour ne pas complaire à Le Pen et à sa mouvance, vient sans doute de beaucoup plus loin. Il me semble qu'on peut faire remonter la peur panique des ravages que cause une pensée libre, des écrits et des paroles sans contrôle, au nazisme, aux errements des intellectuels au cours de cette période terrible, à la prise de conscience que les mots pouvaient être des armes et le langage une machine de guerre. Sans vouloir forcer le trait, l'une des conséquences que l'esprit démocratique a tirées du génocide, de la résistance, de la collaboration et de la neutralité majoritaire du peuple français a été qu'il n'y a plus de pensée innocente dans le domaine de la politique et de l'analyse sociale, que derrière l'apparente sérénité de toute phrase, dans un certain contexte, se cachent les pires démons. Brasillach, lorsqu'il écrit certains de ses articles, n'est plus un intellectuel lunaire, un romancier délicieux mais un combattant qui milite pour la barbarie, le journaliste politique conjuguant, dans son propos, la violence léchée de la forme et la violence âpre du fond avec l'environnement meurtrier et tragique qu'elle vient stimuler. La leçon fondamentale retenue par le siècle précédent, à la suite des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, peut se résumer au fait que presque plus rien n'est dicible, que tout est virtuellement dangereux et que laisser la liberté de chacun suivre son cours sur le plan de ce qui structure un État et une société serait proprement criminel.

 » L'apocalypse d'hier a été provoquée par un dévoiement de l'esprit et par le totalitarisme du Mal sous toutes ses formes. L'obsession depuis 1945 a été d'apposer le totalitarisme du Bien sur tout ce qui désirait penser et s'exprimer librement sur les thèmes "dangereux" risquant de mettre en branle à nouveau un infernal processus. »

(Philippe Bilger, J'ai le droit de tout dire !, Monaco, Éditions du Rocher, juin 2007, p.42-43).

Publié par ARB - dans REVUE DES LIVRES
22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 22:30

Voici la réaction d'Anne Brassié, biographe de Robert Brasillach, au point de vue exprimé sur "Mister Arkadin" le 6 février 2009, reproduit sur le présent site ici :

« Au sujet de l'intervention sur Radio Courtoisie du libraire qui n'aime pas Les Sept couleurs, le problème n'est pas : a t on le droit de dire du mal de l'œuvre littéraire de Brasillach sur cette radio comme on en dit sur toutes les autres .La question est : a t on le droit, sur cette radio, de dire autant de bêtises que sur les autres ? La réponse est non. La scène où s'évanouissent, une épée plantée entre eux, Patrice et Catherine, est une grande scène comme on dit au cinéma. Ayant revu Excalibur récemment rappelez vous que l'épée est ainsi plantée entre Lancelot et Guenièvre, dormant dans la nature. Brasillach s'est il inspiré du Roman de La Table ronde ? Cela ne m'étonnerait pas, il avait tout lu. Quand Les 7 couleurs ont été écrits les jeunes ne faisaient pas l'amour tous les jours. Les filles ayant sans doute un QI plus élevé ou plus instruites qu'aujourd'hui savaient les conséquences physiologiques et mentales de l'acte. C'était bien un acte grave et magnifique. Brasillach dépeint une scène parfaitement normale pour l'époque. Le critiquer pour cette scène est stupide. Je me souviens moi aussi de Barrage contre le Pacifique parce que c'est un grand texte avec de grands personnages. La critique littéraire ce n'est pas dire j'aime ou je n'aime pas... Par ailleurs le nombre de lecteurs qui se souviennent avec émotion de la lecture des 7 Couleurs nous permet de relativiser le jugement d'un seul, le 5 Février.

Il faut remercier Martial Bild d'avoir dit au début de son émission un poème de Fresnes. C'est ainsi que la radio sert la culture française. »

Publié par ARB - dans ROMANS
8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:17

Dans un article sur le "6-Février, émeute sanglante, échec politique", paru dans Rivarol le 6 février 2009 (n°2891, p.8), Jean-Paul Angelelli rappelle qu'Eugène Frot fut membre des ARB (Association des Amis de Robert Brasillach), auquel il écrivit en 1970 n'avoir pas ordonné d'ouvrir le feu sur les manifestants du 6 février 1934, bien qu'il fût alors ministre de l'Intérieur.

Publié par ARB - dans REVUE DE PRESSE
7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 22:36
Un entretien avec Anne Brassié sur Robert Brasillach a été publié hier sur Novopress :

Robert Brasillach, ou encore un instant de bonheur

Né le 31 mars 1909, il y aura bientôt un siècle, Robert Brasillach a été fusillé le 6 février 1945 à l'issue d'un procès inique. Anne Brassié a publié en 1986 une biographie de l'écrivain qui fait autorité. L'auteur, née après la guerre, a été professeur de français en France et en Afrique Noire. Puis, journaliste littéraire, elle a écrit trois biographies : Robert Brasillach, ou encore un instant de bonheur, disponible à la librairie Primatice, 10 rue Primatice, 75013, et à la librairie Duquesnes, 27 avenue Duquesnes, 75007, La Varende, pour Dieu et le Roi chez Perrin (épuisé) et une Vie de Sainte Anne, de Jérusalem à Auray, aux éditions du Rocher. On trouvera une sélection de ses articles littéraires dans un livre intitulé Ces livres qui m'ont choisie, illustré par Chard et publié chez Godefroy de Bouillon. Elle anime depuis 20 ans une émission littéraire d'une heure sur Radio Courtoisie, 95.6 sur la bande FM, le jeudi matin à 10 h 45 (rediffusée à 14 h et le samedi à 19 h) au cours de laquelle elle interroge un seul écrivain et lit des passages de son livre.

Image Hosted by ImageShack.us Novopress : Ne fallait-il pas beaucoup d'inconscience pour consacrer un ouvrage à l'un des témoins « les plus engagés dans le mauvais camp », de cette période « la plus sombre de notre histoire » ? N'êtes-vous pas restée « le biographe maudit d'un poète maudit » ?...

Anne Brassié : Au moment de la parution de mon livre, un critique du Figaro remarquait que j'avais en effet eu quelque mérite à publier cet ouvrage... « Quarante ans après, les passions ne sont pas apaisées et tous les comptes ne sont pas encore réglés » écrivait-il. Je constate que, plus de soixante ans après, les passions se sont exacerbées et que les comptes se règlent maintenant à coup d'oukases des ligues de vertu, avec condamnations sonnantes et trébuchantes devant les tribunaux. Je ne sais si, à l'heure actuelle, un tel livre trouverait un éditeur assez courageux... ou assez fou ! L'affaire Aussaresses qui vient fort heureusement de trouver un juste épilogue, est à cet égard emblématique : condamnés à des amendes extravagantes pour avoir publié un témoignage-clé sur le drame algérien, les éditeurs n'ont dû leur salut qu'en portant l'affaire devant la Cour européenne des Droits de l'Homme... On veut tuer la mémoire française en interdisant de parole et de témoignage ceux qui soutiennent des thèses non conformes à la pensée historique unique. C'est lamentable d'hypocrisie et d'indigence intellectuelle. La pensée et l'écriture sont des exercices solitaires qui vous immunisent contre la propagande et les mots d'ordre.

Novopress : Votre travail est celui d'un historien et non d'un hagiographe. Vous cherchez avant tout à cerner la vérité.

Anne Brassié : J'ai été très tôt séduite par la subtilité et la délicatesse du romancier et du poète, et fascinée par une destinée hors du commun. Georges Blond a pu évoquer à son propos « un personnage de roman qu'aucun romancier n'eut inventé »... En 1976, mon diplôme de maîtrise à la Sorbonne a porté sur « Comparaisons, images et métaphores dans un roman de Brasillach ». Il s'agissait de Comme le temps passe. J'ai consacré les dix années suivantes à tout lire de Brasillach et sur Brasillach - romans, pièces de théâtre, essais, biographies, témoignages, archives... - Mon enquête fut également riche de rencontres. Pendant plus de deux ans, j'ai partagé la vie de Suzanne, la sœur de Robert, et de son époux, Maurice Bardèche. Une complicité heureuse avec deux témoins privilégiés. D'autres rencontres ont été également lumineuses. J'évoquerai naturellement la figure extraordinaire de Jacques Isorni, l'avocat de Brasillach, ainsi que celle de Pierre Sipriot, grand critique littéraire, d'une immense culture dépourvue d'œillères. Il admirait Robert Brasillach, et c'est lui qui me commanda cette biographie. Je me suis avant tout astreinte à une lecture méthodique des textes. Si j'ai livré au public un livre de passion, mon premier souci a été celui de comprendre, non de justifier ou de condamner. Ni plaidoirie, ni réquisitoire. Je pense avoir saisi l'homme dans la complexité de son histoire et de son être, et non un stéréotype idéologique sur lequel il eut été plus aisé de faire le départ entre le « bien » et le « mal ». Citons Malraux - une fois n'est pas coutume - : « Juger, ce n'est pas comprendre, car si l'on comprenait, on ne pourrait plus juger »... Et puis deux êtres coexistent chez Brasillach : l'un est anarchiste en esprit, il est le romancier à la sensibilité frémissante et au tendre souffle juvénile, doué pour le bonheur, qui sait délicieusement goûter le temps qui passe, les voyages, la mer, les paysages d'une Espagne écrasée de soleil, la nostalgie des « merveilleuses années de jeunesse »... L'autre est un esprit inquiet, qui s'impose des règles de conduite d'une rigueur quasi-janséniste, donne au monde des lettres son étude la plus pénétrante sur le héros cornélien, est hanté par la figure du père, héros de la pacification du Maroc, officier « mort pour la France ». Il faut admettre que c'est la même plume qui a écrit Bérénice et certains brûlots de Je suis partout. De bonnes âmes ont voulu séparer l'« ombre » de la « lumière », le « mal » du « bien ». Quand on a de l'empathie pour quelqu'un, cette mécanique est totalement impossible à mettre en jeu. Je la laisserai aux flics, aux juges et aux commissaires politiques. lors d'un assaut sanglant à la tête de ses troupes...
Novopress : En vous lisant, on a le sentiment d'un écrivain égaré en politique, « plus rêveur que casqué » a-t-on pu écrire. Quand au moment de son procès, l'instruction tente de cerner ses engagements politiques, la réponse qui paraîtra finalement la plus appropriée est « néant »... Même au plus fort de son engagement politique, sa production littéraire reste impressionnante

Anne Brassié : Brasillach n'eut d'abord que mépris pour les « écrivains engagés ». Avant de devenir, fusillé à 35 ans, le symbole de l'intellectuel « engagé jusqu'au poteau ». Son Histoire du cinéma, en collaboration avec son beau-frère, le fidèle Maurice, fait autorité. Prisonnier en Allemagne, il composa La Reine de Césarée, l'une des pièces les plus profondes du théâtre français. Dans les derniers mois de sa vie, alors qu'il savait que la mort était au bout du chemin, il écrivit un roman, Six heures à perdre, un essai critique, Tombeau pour Giraudoux, une Anthologie de la poésie grecque, en plus de ses articles dans Révolution nationale et Chronique de Paris... Oui, avant tout un écrivain, un amoureux du théâtre - ses liens quasi fusionnels avec le couple Pitoëff - et un poète, pour lequel une journée sans quelques vers jetés sur un bout de papier de fortune était une journée ratée. Pour les zélateurs de l'épuration, Brasillach reste comme un remord, car ainsi que l'a écrit fort justement Anne Bernet, « on n'assassine jamais impunément Chénier ou Lorca »... La politique ennuyait profondément Brasillach. Pendant sa vie d'étudiant, on ne note pas le moindre engagement politique ! La place de Je suis partout dans la vie de Brasillach pose à cet égard problème. Mais l'hebdomadaire tire à 200.000 exemplaires - des chiffres inimaginables de nos jours - et les signatures prestigieuses s'y bousculent : Maurras, Léon Daudet, Bainville, Massis, Gaxotte, Maulnier, Boutang, Drieu, Céline, Vailland... - Quand Gaxotte lui propose d'en être rédacteur en chef, le jeune homme de 28 ans ne refuse pas.

Novopress : Le fascisme... Davantage un idéal d'esthète pour le « rêveur Brasillach » - culte de la jeunesse, de la beauté, de la nature... - qu'une construction politique rigoureuse ?

Anne Brassié : Pour Peter Tame, « le fascisme n'a pas été pour Brasillach une doctrine politique, mais une attitude devant la vie ». La France d'avant-guerre « sombre dans la déliquescence sale et délicieuse », comme le dira Clemenceau... La démocratie parlementaire de l'époque était - déjà - un anti-modèle, éclaboussée de scandales jusqu'à l'os. Quelles solutions pour un patriote sincère dont le pays « lui fait mal » ? Les diatribes de Brasillach contre l'argent, les juifs, la gauche, la franc-maçonnerie, ne peuvent se comprendre en dehors de l'amour passionné qu'il porta jusqu'au bout à son pays. Brasillach a vu les charniers de Katyn, il sait de quelles horreurs est capable cette idéologie que d'aucuns présentent comme l' « avenir radieux de l'humanité ». Pour lui, toute compromission avec le communisme est proprement inimaginable. Il a poussé cette logique du refus jusqu'à l'absurde, jusqu'à considérer les soldats de la Wehrmacht comme ses « frères d'armes », sans voir que le régime national-socialiste, fondé comme son alter ego communiste, sur l'athéisme, le matérialisme, le mépris de la vie humaine, en portait exactement les mêmes tares et enfanteraient nécessairement les mêmes monstruosités. Mais le fascisme de Brasillach n'a rien à voir avec le nazisme. Dès la sortie de Mein Kampf en France - « un monument de sottises profondément ennuyeuses » qu'il est l'un des rares Français à avoir lu... - il dénoncera Hitler comme « un fou pathologique ». Le Latin qu'il est reste dubitatif devant les charmes de l'esthétique wagnérienne, chère aux maîtres du Troisième Reich... Pour Brasillach, nourri de la germanophobie - comme on dirait de nos jours... - de Maurras, l'Allemagne est « une planète inconciliable avec la nôtre ». Le fascisme de Brasillach se nourrit bien autrement de la figure charismatique d'un José Antonio Primo de Rivera - « la jeunesse assassinée » - et puise à la source d'un fascisme romantique, solaire, apollinien, qui n'a rien à voir avec les brumes teutonnes et les ivresses païennes et dionysiaques de Nuremberg. Brasillach rêve le fascisme plutôt qu'il n'en élabore la doctrine. Il évoque un « fascisme étoilé et rayonnant, avec ses chansons et son labeur, ses drapeaux dans le vent du matin »... En matière de fascisme, la reductio ad hitlerum fait fureur, si l'on ose dire. Mais quels rapports idéologiques entre José Antonio et Adolf ? Aucun. Quels rapports idéologiques entre Mussolini et Hitler ? Aucun. L'Espagne de Franco et l'Italie de Mussolini furent des régimes certes forts, mais en aucune façon des régimes totalitaires comme l'ont été l'Allemagne hitlérienne et l'URSS. Franco est resté neutre en 40 et ce sont les démocraties occidentales qui, par aveuglement, ont poussé Mussolini dans les bras d'Hitler. En revanche, Hitler et Staline étaient bien deux crocodiles de la même espèce : le « pacte d'amitié et d'assistance germano-soviétique » n'est en rien une aberration de l'histoire. Mais nos deux crocodiles partageaient le même marigot, il y en avait donc un de trop. Le nazi voulut croquer le bolchevik, c'est finalement le bolchevik qui croqua le nazi...http://shop.upsylon.com/librediff/images/items/brassiellach_gd.jpg

Novopress : Contre Brasillach, il y a l'accusation létale d'antisémitisme...

Anne Brassié : L'arme absolue de nos censeurs, c'est l'anachronisme. Un pseudo critique a pu ainsi écrire en 1987 que Brasillach « prêchait le gazage des enfants juifs avec leurs parents » ! Or les armées alliées ne sont entrées dans les camps du régime national-socialiste qu'après l'exécution de Brasillach. Lors du procès de Brasillach, en janvier 45, à aucun moment il ne fut question de l'extermination des juifs. Le commissaire du gouvernement - le terrible procureur Reboul, par ailleurs catholique convaincu - y parlera de « camps exceptionnels de sévérité », jamais de « camps d'extermination ». Le Tribunal de Nuremberg qui statua sur la volonté exterminatrice du Troisième Reich ne siégera qu'à partir de novembre 45. Les conclusions du Tribunal n'auront d'ailleurs force de loi que bien après. Ni De Gaulle, ni Churchill, ni Roosevelt n'évoqueront dans leurs mémoires ce qu'on appellera par la suite la Shoah. Quant à Staline, on ne l'imagine pas s'alarmant outre mesure de ce qui pouvait se tramer dans les camps allemands, alors que les bolcheviks faisaient infiniment pire dans ceux du goulag, ce que, depuis Souvarine et d'autres, tout le monde savait, ou pouvait savoir... Mais s'il faut faire de l'anachronisme, que dire de l'antisémitisme désormais pleinement assumé par une gauche donneuse de leçons, à l'aune des manifestations dont le récent épisode de la sempiternelle guerre israélo-palestinienne fut le prétexte dans les rues des villes de France, où l'on a vu socialistes, communistes et trotskystes défiler d'un même pas et d'une même voix avec des forces proches du Hamas ou du Hezbollah, dont on connaît par ailleurs la "judéophilie" ?... On a pu reprocher à Brasillach l'outrance antisémite de ses éditoriaux dans Je suis partout. C'est oublier qu'à l'époque la France était largement antisémite. Tous les courants politiques connaissaient peu ou prou l'antisémitisme, y compris les communistes comme on l'a récemment (re)découvert dans des documents internes du Parti... Là encore, quand on prétend faire de l'histoire, il faut fuir le péché mortel d'anachronisme. Et n'oublions jamais quel traumatisme fut la Débâcle chez les patriotes - une déculottée militaire sans nom à mettre au "crédit" du pacifisme bêlant de l'ensemble de la classe politique des années 30, Maurras excepté naturellement - et nos deux millions de prisonniers de guerre en Allemagne, dont le sort a été le souci constant des autorités de Vichy et de ceux qui ont fait le choix du compromis avec le vainqueur. « Ils vont rester là-bas quatre ans ou cinq, sans femme, sans faire d'enfants » a écrit Brasillach, profondément révolté par cette humiliation du peuple français. Qui, encore une fois sans anachronisme, peut reprocher à un patriote français de s'être d'abord préoccupé du sort de ses frères de sang, personne en Europe à l'époque ne se préoccupant du sort des juifs ? Chaïm Weizmann avait écrit dans le Manchester Guardian « Le monde semble divisé en deux parties : les endroits où les juifs ne peuvent vivre et ceux où ils ne peuvent pas entrer. »

Novopress : 19 janvier 1945 : un procès fabriqué - il fallait que Brasillach paie le prix fort...

Anne Brassié : Brasillach est condamné à mort à l'issue d'un procès bâclé - cinq heures en tout et pour tout, suivie d'une délibération de vingt minutes ! - dont l'instruction ignominieuse - qu'on se rappelle cette photo truquée qui pesa si lourd dans la décision des jurés - fut un véritable déni de justice. La République épurative sut être ô combien expéditive. « Tout est bon pour la défense, avait prévenu Brasillach, hormis la lâcheté ». Il avait en haine la tiédeur et la compromission. Il a couvert jusqu'au bout les collaborateurs de Je suis partout, alors que dans le « soviet » du journal (son comité de rédaction), chacun était maître de sa ligne politique : l' "anarchiste" Brasillach ne contrôlait rien et n'a jamais rien censuré. Au moment du procès, il avait d'ailleurs quitté le journal depuis plus d'un an. Il a évidemment assumé ses propres écrits, ne concédant rien à ses juges. « Ne jamais aller contre son propre destin », avait-il coutume de dire, en homme de droite. Et cette maxime d'homme d'honneur :  « La grande règle de toute morale et de toute politique : on ne sépare jamais les idées, les sentiments, les actes, de leurs conséquences ». « C'est une honte ! » a-t-on entendu dans les bancs du public lors de l'énoncé du verdict. « Non, c'est un honneur ! » a répliqué Brasillach. Voilà qui nous change de ces petites frappes d'extrême gauche, les Petrella, les Battisti, qui, pour échapper à leur destin, excipent de leur petite santé fragile auprès de potentats divers et variés. Lui a payé, les marchands de béton du Mur de l'Atlantique, non. Il faut dire que ces gens-là se sont contentés de vendre, ils ont eu l'astuce de ne pas écrire...
Novopress : Après la condamnation à mort de Brasillach, l'action de François Mauriac en faveur de l'écrivain fut tout à fait remarquable

Anne Brassié : En effet. Parmi les écrivains, artistes et intellectuels qui ont soutenu Brasillach jusqu'à la fin, François Mauriac occupe une place à part. J'ai publié dans mon livre une des dernières lettres que la mère de Robert écrivit à son fils. « Il m'a reçue comme une amie de vingt ans, fraternellement, écrit-elle à propos de Mauriac. Il m'a embrassé plusieurs fois et a pleuré avec moi. Il m'a répété en partant qu'il ferait tout. Il me disait : "Ce Robert, si méchant avec moi, comme je l'aime..." Il a eu la signature de tous les académiciens ». Grandeur d'âme de Mauriac... « Il a payé au-delà de ce qu'exigeait une stricte justice » a-t-il écrit après l'assassinat de Robert, fustigeant « la vengeance déguisée en justice ». Une noblesse de cœur d'un écrivain profondément catholique, qui nous change, entre autre, de cette fripouille de Sartre - icône de la gauche... - qui a fait jouer Les Mouches en 1943 grâce à la bienveillance de la Zensurstelle allemande et publia la même année L'être et le néant (un kilo de papier le volume, en pleines restrictions...), très inspiré par le philosophe Martin Heidegger dont les sympathies nationales-socialistes étaient déjà notoires. Un Sartre qui pour mieux se dédouaner - lui et son « Castor » chroniqueuse à Radio Vichy - n'aura de cesse de hurler avec les loups de l'épuration, même s'il s'est un peu rattrapé en 1957, au moment de la bataille de La Reine de Césarée, en déclarant : « Brasillach n'était pas le plus coupable »...

Novopress : Un purgatoire sans fin ? Quelques frémissements d'une possible réhabilitation comme cette Reine de Césarée jouée il y a deux ans par le Théâtre du Nord Ouest...

Anne Brassié : L'épuration - et je ne parle pas des meurtriers bombardements anglo-américains... - fut une période particulièrement sanglante de notre histoire. Les chiffres tels que nous les connaissons maintenant sont éloquents. Ceux qui ont fait le choix du communisme et qui ont sur les mains le sang des quelque cents millions de morts de cette idéologie monstrueuse, ceux-là n'ont jamais été appelés à la barre du tribunal de l'Histoire et encore moins attachés à un poteau au petit matin face à la gueule des fusils d'un peloton d'exécution. Le communisme attend encore son Nuremberg. Viendra-t-il un jour ? Quand j'ai écrit mon livre sur Brasillach, le Livre noir du communisme n'avait pas encore été publié. Je pense que maintenant, j'aurais la dent infiniment plus dure. J'ai évoqué le tout plutôt que le bolchevisme de Brasillach. Depuis la publication du livre de Stéphane Courtois, qui peut affirmer sans l'ombre d'une hésitation que Brasillach eut absolument tort de faire le choix qui fut le sien ? Robert Brasillach se tient comme un remord devant ceux qui l'ont tué. Pour les libéraux - Brasillach avait vraisemblablement lu le livre de Robert Aron « Le cancer américain »[réédité à L'Âge d'Homme, 5, rue Férou, 75006] et haïssait les « valeurs » de la société marchande - comme pour les communistes, il reste un scandale absolu. Les communistes voulaient la tête de Brasillach et De Gaulle qui refusa sa grâce ne fut à cet égard qu'un pantin dans les mains de Moscou, comme il le fut d'ailleurs en d'autres occasions. Pour répondre clairement à votre question : non, je ne vois aucune raison, l'époque étant ce qu'elle est, que Robert Brasillach sorte de son purgatoire. Il faudrait un radical renversement des valeurs dans notre pays et dans la vieille Europe. Ce qu'à Dieu ne plaise... Mais le charme de l'œuvre demeurera sans fin pour ce petit cercle d'élus sans œillères que forment les amoureux de la littérature. 

Novopress : Fresnes, une montée à l'étoile. Fort de Montrouge, le 6 février 1945, une mort héroïque. « Courage ! » criera-t-il aux hommes du peloton...

Anne Brassié : Oui, la mort en face pour cet homme jeune, qui achève sa vie à un âge où Céline n'avait pas encore écrit son Voyage... Il est enfermé dans le couloir de la mort depuis le 19 janvier. Les poèmes qu'il a composé à Fresnes, les chaînes aux pieds - entre autres ceux des trois courtes semaines qui séparent le verdict de l'exécution - sont parmi les plus beaux et les plus profonds de notre langue. Pour nous, ils ont à jamais la sombre couleur de la voix infiniment grave de Pierre Fresnay. Des mots de douleur, d'angoisse, de colère, mais aussi de paix et d'espoir, qui ne cesseront de résonner dans le cœur des hommes de notre peuple. « Vienne la nuit » écrit-il. Nulle tentation nihiliste chez cet homme qui aimait profondément la vie. Par ces mots, il remet son âme à Dieu...

VIENNE LA NUIT

Vienne la nuit, que je m'embarque
Loin des murs que fait ma prison.
Elle suffit pour qu'ils s'écartent,
Je retrouve mes horizons.
Que m'importe si l'on me parque,
La Nuit abat toutes cloisons.

Avec la nuit je me promène
Sous le soleil des jours anciens.
Je ne vois plus ce qui m'enchaîne,
Le sommeil brise le destin :
Voici la mer, voici la Seine,
Voici les fraîches joues des miens.

Comme dans les camps d'Allemagne,
Chaque nuit, ô Nuit, tu reviens
Me rendre tout ce qu'on éloigne.
Je ferme les yeux sous tes mains,
Je m'embarque, tu m'accompagnes,
Me caresses jusqu'au matin.

Ô Nuit, ô seul trésor pareil
Pour l'homme libre ou le proscrit,
Je t'ai donc retrouvée, merveille,
Après trois ans te revoici !
Je me rends à ton cher soleil,
Enlève-moi comme jadis.

Sur la paille où sont les soldats,
Tu m'apportais les mêmes songes
Qu'aux heureux dont je n'étais pas.
Aujourd'hui, vers toi je replonge,
Ô secourable, ô toujours là,
Ô Nuit qui n'as pas de mensonges.

Propos recueillis par Henri Dubost pour Novopress France

Publié par ARB - dans REVUE DU NET
6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 22:06

Nous reproduisons ci-dessous un billet sur la liberté d'expression à propos de Robert Brasillach, publié par "Mister Arkadin" sur un blog consacré au cinéma.


Le 6 février 1945 était exécuté le critique et historien du cinéma Robert Brasillach. Chaque année, une messe est donnée en sa mémoire à l'église Saint-Séverin (près de Saint-Michel), à laquelle sont associés les noms de sa sœur, l'admirable Suzanne Bardèche, et du co-auteur de la première grande histoire générale du cinéma parue en France, Maurice Bardèche.

 

Je m'y suis rendu ce midi, je l'avouerais moins par convictions que pour l'opportunité d'y croiser, pas très loin du lieu de mon gagne-pain, quelques amis cinéphiles. Cela m'a permis d'apprendre qu'une émission récente de Radio Courtoisie avait causé quelque émoi parmi les "Amis de Robert Brasillach". Dans le "Libre journal de Martial Bild" du mercredi 4 février, un certain Pierre de Laubier, libraire si je ne me trompe, a utilisé le quart d'heure de sa « chronique culturelle » pour démolir l'œuvre littéraire de Robert Brasillach. Mièvrerie, écriture désuète, banalités psychologiques, dialogues trop recherchés dans la bouche de jeunes gens et, au contraire, retenue et maîtrise trop grande de leur corps, etc. On aurait dit de l'Anne Simonin sur France Cul !

Je comprends que l'on puisse estimer que si, sur Radio Courtoisie même, qui se veut la « radio de toutes les droites et de tous les talents », on dénigre Brasillach en ne lui reconnaissant du bout des lèvres qu'un petit talent de critique, la cause d'un jugement serein sur la littérature, sachant faire le départ entre les options idéologiques d'un auteur et ses romans ou poèmes, par exemple, est bel et bien perdue. Pour ma part, je ne saurai trop féliciter Martial Bild d'avoir laissé son chroniqueur exprimer longuement et sans être interrompu son point de vue, même si celui-ci relève en l'occurrence du cliché. J'ai écrit ici qu'Un barrage contre le Pacifique était l'un des rares livres "potables" de Duras. J'avais d'abord écrit "bons" livres, en me félicitant de pouvoir apprécier le roman, lu adolescent, d'un écrivain colonialiste et vichyste qui m'est très antipathique. À la relecture, je me suis dit que, si l'on avait été jusqu'à envisager le Nobel pour l'auteur d'un roman aussi médiocre, Béraud et Brasillach n'était décidément pas de si mauvais écrivains ! Pour autant, ce genre de prises de position allant à l'inverse de ce que l'on pourrait attendre sur Radio Courtoisie, beaucoup moins rare qu'on pourrait le croire, montre indubitablement que cette chaîne n'est pas le bloc monolithique de pensée réactionnaire, voire fasciste, que dénoncent ses ennemis, voire ceux qui ne l'écoutent pas de peur d'être contaminés par la peste brune (cette dernière se transmettant par les ondes - les champs électromagnétiques ne provoquaient déjà pas bien assez de dégâts...). D'une certaine manière, Radio Courtoisie donne ainsi une idée de la liberté d'esprit qui existait encore plus ou moins en France jusqu'aux années 1970, quand deux pages pouvaient être consacrées à Brasillach dans « Le Monde des livres » ou quand l'on pouvait trouver quelques-uns de ses livres sur les stands de la Fête de L'Huma.

Aujourd'hui, non seulement il n'est plus dit que du mal de Brasillach sur toutes les antennes, excepté de temps en temps Radio Courtoisie (et encore, pas toujours, nous venons de le voir), mais, progressivement, il n'est plus guère cité que comme l'une des figures mythiques du mal absolu, dont on se dispense complètement d'examiner l'œuvre. Il convient par conséquent de saluer le travail de fourmi fourni par l'association des Amis de Robert Brasillach (ARB) et de son président Pascal Junod, qui reprennent tout ce qui s'écrit sur lui. Ce qui me fait dire à ceux de mes amis qui s'étonnent que j'y contribue de temps en temps : « les cahiers et bulletins des ARB sont de loin les publications où l'on peut lire le plus de propos défavorables à Robert Brasillach, puisqu'on y reprend, autant que possible, tous ceux qui paraissent dans la presse ! » Aussi est-ce avec plaisir que je prépare pour les ARB un nouveau dossier sur l'histoire du cinéma de Bardèche et Brasillach, dans lequel on retrouvera André Maurois et Pierre Bost, Claude Jamet et Alice Kaplan, les deux François, Vinneuil et Truffaut (ces deux noms ne sont associés ni forfuitement ni pour médire de l'un ou de l'autre), Henri Langlois et Georges Sadoul, Henri Agel et Vincent Pinel, entre autres. Tous ne sont pas du même avis sur l'apport de B/B à l'histoire du cinéma... et c'est tant mieux !


En complément, des enregistrements de l'émission de Martial Bild :

- au début de la première partie, l'animateur lit un poème de Fresnes (« Aux morts de février ») ;

- dans la seconde, des minutes 54 à 74, Pierre de Laubier exprime de vives réserves sur l'œuvre de Brasillach, auxquelles ne souscrit pas Martial Bild, ni quelques auditeurs.

Le lendemain, Anne Brassié a donné son point de vue sur cette "affaire" dans son émission « Les Livres en poche », parlant joliment de l'amour comme d'un « acte grave et magnifique », ce qu'a approuvé son invité, Dominique Paoli (entre le milieu de la neuvième et le milieu de la onzième minutes d'enregistrement).

Par ailleurs, puisque j'ai évoqué incidemment Katyn, auquel renvoie le lien sur Un barrage contre le Pacifique, je signale qu'un reportage radiophonique où l'on entend brièvement Robert Brasillach, retour de Pologne, a été diffusé récemment sur France Culture dans « Concordance des temps » (merci à la personne qui m'a très aimablement transmis cet enregistrement, diffusé dans une précédente émission de radio).

 

Publié par ARB - dans REVUE DU NET
3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 18:29

Olivier Barrot - Extrait d'un entretien paru dans Histoires littéraires (« Revue trimestrielle consacrée à la littérature française des XIXe et XXe siècles » ; http://www.histoires-litteraires.org/) - n°36 - octobre-décembre 2009 

HL : Vous énoncez très rarement des mots violents sur des écrivains, encore moins sur des livres. Qu'est-ce qui déclenche chez vous certaines ires ? 

OB : À la télévision, je ne le fais jamais, parce que je ne parle que de ce que je trouve digne de l'attention de ceux qui me font confiance. J'aime trop la littérature pour me cantonner dans des jugements moraux ou même politiques. J'ai lu tout Brasillach et, malgré le fait que je trouve qu'il est synonyme d'une certaine défaite de la pensée, ce n'est pas un auteur nul. Ce n'est pas non plus le grand auteur que ses défenseurs politiques prétendent. Mais il a très bien écrit sur Corneille, il connaît bien Virgile et le monde grec. La seule chose sauvable, à mes yeux, chez lui, c'est sa mort. Il est condamné et adopte une attitude tout à fait digne : il n'essaye pas de revenir ou de plaider, comme d'autres, sur l'époque. Il mesure l'aveuglement. Il est doublement traître. C'est un traître à sa patrie. Pour moi, c'est la défaite de l'esprit, c'est l'anti-Gide - on dira que Gide a fait des choses dégueulasses, mais ceux qui écrivaient en appelant au meurtre, ce sont des criminels. On est en période de guerre et, effectivement, les traîtres, on les fusille. Pascal Ory a très bien décrit en 1976, dans une tribune du Monde, au moment où il publiait le livre Les Collaborateurs, qu'il aurait fusillé Brasillach. Si l'on considère que la littérature est la chose la plus importante du monde, il faut assumer. Ou alors, on la voit comme un divertissement. Mais non, ici, son acte engage son être.

Publié par ARB - dans REVUE DES REVUES
2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 14:18

Annales. Histoire, Sciences sociales (Ehess) - 2002/6


Alice Kaplan Intelligence avec l'ennemi. Le procès Brasillach, Paris, Gallimard, 2001,305 p.

Spécialiste des intellectuels d'extrême droite (1), Alice Kaplan a choisi d'étudier, dans ce nouvel ouvrage, le procès de Robert Brasillach. Représentatif, dans la mesure où Brasillach fut jugé pour « intelligence avec l'ennemi », selon l'article 75 du Code pénal, ce procès est aussi unique, selon l'auteur, en raison de la réputation de l'accusé comme écrivain et ancien élève de l'ENS. L'étude s'appuie sur un certain nombre de sources inédites : les papiers Jacques Isorni ( archives de l'ordre des avocats), les papiers personnels du commissaire du gouvernement Marcel Reboul, les interrogatoires de Brasillach par la police (archives de police), son dossier de demande de grâce (le dossier d'instruction du procès étant presque vide pour des raisons non élucidées), ainsi que sur des entretiens avec des témoins. Cependant, l'apport du livre tient moins dans le renouvelle~ment des connaissances sur un sujet déjà bien balisé que dans sa manière d'aborder le procès par le prisme de la biographie de ses protagonistes. Parti pris original, et qui contribue à l'agrément de la lecture, mais qui est, disons le d'emblée, contestable d'un point de vue méthodologique. On y reviendra au terme de cette présentation.

La trajectoire de R. Brasillach est à présent bien connue. Boursier en tant que pupille de la nation - son père, officier, a été tué en 1914 -, reçu à l'ENS en 1928, il a échoué à l'agrégation. À cette époque, il était déjà engagé dans une carrière intellectuelle plus brillante que le professorat : celle de journaliste, de critique et d'écrivain. Chroniqueur littéraire à l'Action française, il fit partie de l'équipe de Je suis partout, qui rompit avec Charles Maurras en 1934 et évolua vers le fascisme. Il en devint le rédacteur en chef en 1937. L'itinéraire de Brasillach illustre bien le paradoxe du fascisme français qui se voulait nationaliste tout en admirant les régimes étrangers. Admirateur de Hitler, en qui il voit un poète, un chef d'orchestre wagnerien, il élabore une conception du fascisme qui s'ap~puie plus sur la critique littéraire que sur la politique ou l'économie. Son antisémitisme est manifeste dès les années 1930.

Fait prisonnier pendant la drôle de guerre, Brasillach est libéré sur la demande officielle de l'ambassade allemande à Paris, qui avait établi en octobre 1940 une liste d'idéologues français susceptibles d'aider la cause nazie. Ayant repris la rédaction en chef de Je suis partout, dont l'équipe a opté pour l'ultra collaborationnisme, il y représente la tendance nationaliste, restant fidèle au maréchal Pétain comme à Maurras, tout en participant aux inces~santes attaques du journal contre les Juifs, les francs-maçons, les communistes, les gaullistes. Comme sa libération de captivité ( dont les vraies conditions n'étaient pas connues à cette époque), les raisons de son départ du journal lors de la chute de Mussolini en septembre 1943 ont fait l'objet d'un débat lors du procès : l'avait-il quitté par « patriotisme » ou par peur, au moment où il devenait clair que les Allemands allaient perdre la guerre ? En réalité, son départ de Je suis partout s'explique aussi par des rivalités internes à l'équipe. Brasillach devait continuer à écrire dans d'autres journaux collaborationnistes et manifester, dans ses derniers articles, son affection pour l'Allemagne. N'ayant pas fui à l'instar de nombre de collaborationnistes, il se cache après la libération de Paris, puis décide de se constituer prisonnier quand il apprend que sa mère a été arrêtée. En prison, il écrit des poèmes et prépare son procès « comme un oral de concours », selon ses termes.

La partie la plus intéressante et la plus novatrice du livre de A. Kaplan réside dans la reconstitution des trajectoires des acteurs du procès. Il est frappant que les trois principaux protagonistes, l'accusé, son défenseur et le procureur, appartiennent à la nouvelle génération : ils ont entre trente-quatre et quarante ans. Choisi par Maurice Rolland, le bras droit de de Gaulle, pour siéger dans les procès de l'épuration, le commissaire du gouvernement Marcel Reboul représente la continuité de la magistrature avant et après la Libération : il a siégé au Tribunal spécial de la Seine, l'une des juridictions d'exception mises en place par le régime de Vichy, qui s'occupait d'actes de résistants; ses verdicts étaient considérés comme trop indulgents par les Allemands. Il habitait l'immeuble où était située la librairie Rive Gauche et y voyait souvent Brasillach. Ayant déménagé en 1942, il devient le voisin de palier de Jacques Isorni, le futur défenseur de Brasillach et de Pétain, avec lequel il se lie d'amitié. Isorni est le fils d'un artiste peintre italien immigré en France et devenu le plus grand fournisseur de gravures de m ode de Paris pour grands magasins, et d'une mère issue de la bourgeoisie catholique, dont le mariage avec un étranger fit scandale. À l'École alsacienne, il adhère au Cercle des étudiants et des lycéens pour l'Action française. Premier secrétaire de la conférence, il fut démis de ses fonctions d'avocat sous Vichy en tant que fils d'étranger. Rétabli par mesure dérogatoire, il défendit les prévenus (communistes notamment) à la Section spéciale de Paris.

Pour se démarquer des tribunaux d'exception de Vichy, dont les jurés avaient été le plus souvent supprimés, et redonner vie au processus démocratique, les juristes des nouvelles cours de justice voulaient des jurés représenta~tifs du peuple français, incarnant la justice populaire. Les quatre jurés étaient tirés au sort sur une liste de vingt noms de citoyens « n'ayant pas cessé de faire preuve de sentiments nationaux ». Pour la première fois, des femmes pouvaient figurer sur ces listes, établies par des magistrats avec le concours des comités de Libération. Le pouvoir conféré à ces comités pour désigner les jurés pendant la première année de l'épuration en fut l'un des aspects les plus controversés. Il a favorisé l'idée selon laquelle l'épuration était menée « sur les ordres de Moscou ». En fait, seul un des jurés du procès Brasillach était membre du PCF. En revanche, ils étaient tous originaires de la banlieue parisienne. A. Kaplan insiste sur le contraste flagrant entre ces modestes banlieusards et l'ancien élève de l'ENS, membre de l'élite littéraire parisienne, qu'ils devaient juger. Sans doute ont-ils été peu touchés par les arguments de la défense sur le talent littéraire de l'accusé.

Le contraste est flagrant aussi avec le public mondain qui se presse au palais de justice. Ces procès, rappelle l'auteur, étaient l'un des grands spectacles de la Libération. Les réactions du public pendant les audiences étaient en retour suivies par les dirigeants comme des manifestations de « l'opinion publique ». Publié par J. Isorni, le procès est connu. L'auteur souligne le fait que Brasillach est le premier accusé à revendiquer l'entière responsabilité de ses actes. C'est, selon elle, par souci de ne pas en laisser le soin à la défense, que Reboul évoque ses mérites, distinguant le critique brillant et sensible du violent polémiste. Pour éviter que l'accusation ne tourne au délit d'opinion, il fallait prouver que l'accusé avait trahi. Une des analyses les plus intéressantes concerne l'accusation quasi explicite d'homosexualité dans le réquisitoire de Reboul. Jouant sur les métaphores sexuelles employées par Brasillach lui-même - notamment la fameuse phrase : « Les Français de quelque réflexion, durant ces années, auront plus ou moins couché avec l'Allemagne, non sans querelles, et le souvenir leur en restera doux » (p. 74) -, Reboul montra - en faisant allusion au procès d'Oscar Wilde - que l'amour de ce dernier pour l'Allemagne équivalait à une trahison « perverse » envers la France. Selon l'auteur, Reboul jouait sur le fait que Brasillach avait pris plaisir à l'humiliation de la France, en s'appuyant sur la crise des valeurs masculines touchant une nation d'hommes qui se sont sentis vaincus et impuissants pendant quatre ans.

L'analyse de la double personnalité ne vaut pas entièrement pour le réquisitoire, car, aux yeux de l'accusateur, le talent de l'accusé aggrave sa responsabilité. En revanche, elle vaut pour le défenseur, qui est prêt à reconnaître que le polémiste s'est trompé pour mieux sauver le poète. Et qui tente de faire tourner le procès au délit d'opinion, voire au procès philosophique, arguments littéraires à l'appui. Ainsi, la métaphore sexuelle serait empruntée à Renan qui a écrit dans La réforme intellectuelle et morale: « L'Allemagne a été ma maîtresse. » En fait, Isorni découvrira plus tard que l'ex~pression « la France a couché avec l'Allemagne » est un emprunt à Jean Giraudoux dans Siegfried et le Limousin. A. Kaplan pense que l'avocat fait fausse route en invoquant la valeur littéraire de son client plutôt que de répondre aux faits qui lui sont reprochés. Mais ce plaidoyer ne tombe pas du ciel. Isorni pense sans doute à l'article de François Mauriac en défense d'Henri Béraud, paru quinze jours plus tôt, et qui a contribué à sauver l'écrivain de la peine de mort à laquelle il était condamné, puisqu'il a obtenu sa grâce début janvier. Mauriac évoquait la nécessité de préserver le patrimoine littéraire de la nation, argument auquel de Gaulle, soucieux de reconstruire la France, était sensible. L'argument pèse, en outre, dans un pays dont une génération d'écrivains a été décimée par la Première Guerre mondiale (qui a par ailleurs laissé des orphelins comme Brasillach), et où aucun gouvernement ne veut avoir de poète sur la conscience. Brandissant le spectre d'André Chénier, Isorni lance : « Les peuples civilisés fusillent-ils leurs poètes ? » Et de demander ensuite : « Quelle peine alors, réservez-vous aux marchands de canons ? (2) » Loin de s'écarter de son sujet, comme l'avance l'auteur, l'avocat forge un des arguments majeurs sur la base duquel toute l'épuration des intellectuels fut mise en cause. Il est regrettable, sous ce rapport, que l'analyse de l'argumentation n'ait pas été mieux historicisée et rattachée aux débats sur l'épuration. De même, les prises de position des écrivains autour du verdict auraient mérité d'être restituées au sein des enjeux de l'heure. Ainsi, la pétition appuyant le recours en grâce en faveur de Brasillach - l'âge moyen des signataires est de soixante-deux ans selon son calcul, dont de nombreux académiciens ou membres de l'Institut - est un révélateur du clivage générationnel qui divise le milieu littéraire au lendemain de la guerre, opposant une nouvelle génération issue de la Résistance à ses aînés au nom de la responsabilité morale de l'écrivain.

La demande de grâce, on le sait, a été rejetée. Selon une légende colportée par Pierre Pellissier, le biographe de Brasillach, une photo~graphie de ce dernier, avec Doriot en uniforme de la Légion des Volontaires français contre le bolchevisme et d'autres journalistes sur le front Est (voyage au cours duquel ils visitèrent Katyn), aurait été glissée dans le dossier de demande de grâce par un fonctionnaire du gouvernement. Confondant Brasillach avec Doriot, de Gaulle aurait considéré le fait qu'un écrivain ait revêtu l'uniforme allemand comme une preuve incontestable de trahison. Ainsi, selon cette légende d'extrême droite, Brasillach, l'un des rares témoins du massacre de Katyn, fut exécuté. En fait, la photographie avait paru en couverture du magazine Ambiance (sorte de Life socialiste) deux jours avant le procès. L'auteur n'en a pas retrouvé la trace dans le dossier de demande de grâce. Il faudra attendre l'an 2005 pour savoir si elle est rangée dans les papiers personnels du général de Gaulle. Selon une autre légende, colportée par Alain Peyrefitte, qui a examiné le dossier dans les années 1960, de Gaulle aurait écrit en marge : « Il ne l'eût pas voulue [la grâce]. » Or il n'y pas trace non plus de cette annotation. L'avis des magistrats, conservé dans le dossier, permet de mieux comprendre l'enjeu de cette décision. À propos du recours en grâce de Béraud, le commissaire du gouvernement Raymond Lindon avait requis la mort au nom de « l'exemplarité ». Le procureur André Boissarie dresse un parallèle entre Brasillach et Béraud, qui aurait dû faire pencher en faveur de la grâce. Paradoxalement, le parallèle n'a sans doute fait que renforcer la différence, et c'est sans doute au nom de l'exemplarité réclamée pour Béraud que Brasillach n'a pas été gracié. Reboul, dans sa lettre contre la demande de grâce, laisse néanmoins craindre de vives réactions dans les « classes supérieures » dont il a senti la solidarité avec Brasillach pendant le procès. Analysant les réactions à court et à long terme, A. Kaplan conclut à juste titre sur la « dimension expiatoire » du procès.

Le parti pris méthodologique est, on l'a dit, discutable. Si l'étude des trajectoires permet de relativiser l'image d'objectivité que dégagent les procédures juridiques, fondée sur les règles impersonnelles et l'interchangeabilité, on ne peut raisonnablement penser que ce qui advient lors d'un procès repose uniquement sur les acteurs individuels (à m oins de voir dans leur comportement l'expression de dispositions incorporées et partagées par un ensemble d'agents). Dans le cas des procès de l'épuration moins encore que dans d'autres, nés d'une politique volontariste d'épuration engagée par le gouvernement provisoire de la République française, ces procès pour crime de trahison, menés dans un cadre juridique d'exception - les cours de justice -, sont suivis de près par le ministre et le chef de l'État. L'inculpation pour « intelligence avec l'ennemi » selon l'article 75 du code pénal conduisait devant ces cours de justice. Si la culpabilité était avérée, l'accusé encourait la peine de mort, dont seules des circonstances atténuantes pouvaient le sauver. Le contexte de guerre pendant lequel se déroulèrent les premiers procès (jusqu'en mai 1945) en rigidifiait plus encore les règles. À part quelques cas où des circonstances atténuantes furent reconnues, ceux qui échappèrent à la mort le durent au recours en grâce auprès du général de Gaulle et non à la sanction. Quant aux jurés, dont A. Kaplan a le grand mérite d'avoir retrouvé la trace, mais dont la marge de manoeuvre était très réduite pour les raisons qu'on a dites, on ne peut non plus penser que leur choix était entièrement aléatoire si l'on sait que les premières listes furent dressées par les comités de Libération, tenus par des résistants, et souvent par des communistes.

Ces réserves concernant la démarche mises à part, ce livre clair et bien écrit reste un excellent récit historique du procès et de ses enjeux, accessible - c'est un de ses mérites - aux non-spécialistes.

GISÈLE SAPIRO


Notes :

(1) Voir aussi, du même auteur, Reproductionsof Banality : Fascism, Literature and French Intellectual Life, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1986, et Relevé des sources et citations dans "Bagatelles pour un massacre", Tusson, Du Lérot, 1987.

[2] Jacques Isorni, Le procès de Robert Brasillach, Paris, Flammarion, 1946.

Publié par ARB - dans ALICE KAPLAN
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 14:15

 

Droit & Société, n°51/52, 2002, compte rendu du livre d'Alice Kaplan sur Robert Brasillach : http://www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/biblio/ds051052-c.htm



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