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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 10:37

"Douteuse provocation ou scandaleuse récupération, qu’importe !", Philippe Randa, "La Chronique", 16 juin 2010

Si le but des organisateurs de l’Apéro “Saucisson et Pinard à la Goutte-d’or”, ce quartier parisien au taux de population immigrée largement – euphémisme ! – au-dessus de la moyenne nationale, était de faire du “buzz” comme on dit désormais, c’est gagné. Depuis quelques jours et à l’approche du fatidique rendez-vous, les medias, effrayés par l’ampleur annoncée du nombre des participants, s’en sont fait l’écho quotidiennement.
Quant à son interdiction par la Préfecture de police, c’est à l’évidence le point d’orgue de ce “coup” incontestablement réussit.
Certains jugeaient qu’une telle initiative est du plus parfait mauvais gout, au niveau des provocations de militants homosexuels venant sur les parvis des églises s’embrasser goûlument tout en se tripotant ce qui ne leur sert généralement guère pour se reproduire…
D’autres s’indignaient de son insupportable récupération partisane.
Ainsi du ban et de l’arrière-ban de la gauche extrême et militante – Parti de Gauche au PCF, en passant par les Verts-Europe Écologie, le NPA, RESF, la LDH, Alternative libertaire, La Maison Verte, la Gauche unitaire, Action antifasciste – bref de tous les habituels brailleurs contre la supposée resurgence d’une “lueur immense et rouge” qui fascina voilà plus de quatre-vingt ans l’écrivain Robert Brasillach et continue depuis lors de hanter leurs existences tout autant que celle de leurs grands-parents.
Ainsi de la Nouvelle droite Populaire qui s’est fendue d’un long communiqué rageur pour dénoncer au contraire “cette initiative (plutôt sympathique, mais) récupérée par toutes sortes d’organisations post socialistes qui découvrent aujourd’hui, après avoir craché pendant plus de vingt ans sur le mouvement nationaliste, que l’immigration est un problème pour notre pays. Certes, il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux et se rendre compte que l’eau est mouillée et chacun a bien sûr droit à l’erreur. Mais ce qui est insupportable, c’est lorsque ces gens se permettent de nous donner des leçons (…) il est logique que les forces du Système tentent de récupérer cette légitime et salvatrice réaction de notre peuple.”
Quoi qu’il en soit, personne n’aura plus besoin de se déplacer – au risque d’incidents probables avec des “autochtones” locaux – pour que la France entière soit interpellée quant aux réalités ethnico-religieuses de certains lieux de son territoire national, si tant est qu’il puisse encore y avoir une citoyenne ou un citoyen distrait qui ne l’aurait pas remarqué… Entre autre la réquisition illégale par des musulmans de la voie publique pour organiser la prière du vendredi, comme dénoncée à juste titre par Marine Le Pen, vice-présidente exécutive du Front National, qui n’a pas manqué de condamner l’interdiction de cet Apéro “saucisson-pinard” à Paris auquel son mouvement ne s’était toutefois pas associé.
Certes, cet Apéro “saucisson-pinard”, officiellement à la seule initiative d’une habitante exaspérée du XVIIIe arrondissement parisien, fut néanmoins quasi-simutanément soutenu par plusieurs mouvements d’une droite identitaire habituellement qualifiée d’extrême.
Mais elle le fut également, et quasi-immédiatement, par d’autres associations qui ne le sont pas, voire pas du tout, tel Riposte laïque… qui se présente comme un groupe de gauche antireligieux dont le combat laïque est une telle priorité qu’il ne cherche “donc pas à la cloisonner dans le seul camp de la gauche”…
Et un des collaborateurs de son journal en ligne (www.ripostelaique.com) Maxime Lépante, se présentant comme “spécialiste de l’islamisation de La Goutte d’or”, a accordé un long entretien à l’hebdomadaire Minute (n°2464, 9 juin 2010) parce que celui-ci, précise-t-il, est “le troisième media à (s’)intéresser au scandale des prières musulmanes illégales dans les rues de Paris et ailleurs et qu’aucun des principaux medias français ne se préoccupe de cette affaire.”
Nul doute que ce ne soit plus le cas à l’avenir, puisque “sur Facebook, le projet d’Apéro “pinard-saucisson” fait des petits à Toulouse, Lyon, Bruxelles ou Londres. Plusieurs centaines de membres s’y sont déjà agrégés”, indiquait hier le quotidien Libération.
Alors, au-delà de l’opinion que l’on peut avoir de l’opportunité d’une telle initiative, force est de constater qu’elle a permis de fissurer l’insupportable ligne de fraction droite/gauche de la politique française.
Les sévères garde-chiourmes d’une démocratie de plus en plus totalitaire parviendront-ils à colmater cette fissure, riche d’espoirs politiques ? N’est-il déjà pas trop tard ?
En attendant, buvons-un coup ! Et même deux ! Ce qui est pris ne sera plus à prendre.

Publié par ARB - dans REVUE DU NET
2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 00:11
Le journaliste Jean-Claude Valla est mort dans la nuit du jeudi 25 février 2010.
http://fr.novopress.info/wp-content/uploads/2010/02/jean-claude-valla-271x300.jpg
Les ARB ont perdu un ami fidèle à la mémoire de Brasillach et que l'association avait invité plusieurs fois pour des conférences.
De beaux hommages peuvent être lus sur les sites Novopresse et Polémia, ce dernier reprenant un article de Jean-Claude Valla sur son expérience au Figaro Magazine (également disponible, avec quelques photos supplémentaires, ici).
Publié par ARB - dans REVUE DU NET
11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 21:52
Francis Richard, membre des ARB (Association des Amis de Robert Brasillach), a publié le 3 novembre dernier sur son blog un portrait de Jean-Claude Fontanet, ARB récemment disparu.http://img.over-blog.com/300x320/2/01/70/59/Lectures/Jean-claude-fontanet.jpg
Publié par ARB - dans REVUE DU NET
7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 00:23

Dans un article paru sur le site "Mediapart", à propos de l’affaire Siné-Val, Edwy Plenel mentionne Robert Brasillach. Nous le reproduisons, après le blog de Charles Tatum.


« Charlie Hebdo » : la vérité des faits contre la folie des opinions

03 août 2008 Par Edwy Plenel  C’est la folie de l’été, et cela ne présage rien de bon. De tribunes en points de vue, de pétitions en excommunications, de réquisitoires en plaidoyers, l’affaire Charlie Hebdo semble devenue la discorde majeure du moment. Il y a deux semaines, Mediapart avait tenté de sauver un peu de rationalité pour, à la fois, rendre intelligible cette histoire, la remettre à sa juste place et enrayer le déchaînement des passions. L’article s’intitulait L’affaire «Charlie Hebdo» ou la caricature de l’époque » et, depuis, c’est peu dire que de constater combien la réalité a dépassé nos craintes. Le licenciement du dessinateur et chroniqueur Siné par Philippe Val, directeur de l’hebdomadaire, au motif d’une phrase publiée sur la soif de réussite de Jean Sarkozy, appuyée par l’évocation de son éventuelle conversion au judaïsme pour épouser sa fiancée, héritière des fondateurs de la chaîne Darty, a désormais échappé à ses premiers protagonistes – l’équipe de Charlie Hebdo. C’est devenue l’Affaire du moment, très parisienne et fort violente, devant laquelle chacun est sommé de choisir son camp, sans qu’on lui donne les moyens de s’informer avant de se prononcer. 

Ce retournement a vraiment commencé avec un point de vue de Bernard-Henri Lévy, publié dans Le Monde le 21 juillet, trois jours après notre propre article. Selon une stratégie offensive rodée depuis l’irruption sauvage des «Nouveaux philosophes» à la fin des années 1970, BHL sonnait la charge sans nuances ni précautions, assimilant le dessinateur à «l’antisémitisme le plus rance» dans un propos qui frappait large, dénonçant comme ses complices «l’islamo-gauchisme» en général et le philosophe Alain Badiou en particulier. Le titre de l’article en suggérait clairement l’enjeu politique : «De quoi Siné est-il le nom?» est un décalque de l’intitulé de l’essai consacré, fin 2007, par Badiou à la critique du sarkozysme, De quoi Sarkozy est-il le nom?   (Lignes, 2007). Quatre jours plus tard, le 25 juillet, dans un unanimisme inhabituel, c’était au tour du Figaro et de Libération de prendre le relais.

Dans les colonnes du quotidien de droite, l’éditorialiste Alexandre Adler, après avoir affirmé que Siné présente «les juifs comme les maîtres de l’argent et de la société française», appelait solennellement nos concitoyens à faire de cette affaire «un test en grandeur réelle de la santé de notre corps politique» en manifestant, «au-delà des clivages politiques traditionnels», l’«horreur» et le «mépris» qu’elle leur inspire. Auparavant, il s’était interrogé sur «la haine antisarkozyste»«Un homme, Nicolas Sarkozy, proclame, sans cesse, qu’il est une opportunité pour une France qui peut se secouer de la rancœur petite-bourgeoise de la corporation et de l’éloge de la paresse, et voici que les antisémites, comme un essaim de mouches, s’en prennent à sa personne, ou, le cas échéant, à celle de son fils».     en ces termes :

Pour finir, Adler comparait Philippe Val, pour sa «trempe», au Zola de l’affaire Dreyfus – le célèbre «J’accuse», paru dans L’Aurore – et décernait aux «pétitionnaires semi-trotskistes en faveur de l’éternel stalinien Siné» un brevet de déshonneur : ils ont, selon lui, «la bassesse de Drumont, de Maurras ou de Bernanos», façon de les renvoyer à l’extrême droite en associant pêle-mêle Edouard Drumont (1844-1917), l’auteur de La France juive, Charles Maurras (1868-1952), le fondateur de l’Action Française, et Georges Bernanos (1888-1948), qui rompit avec celle-ci, soutint les Républicains espagnols et refusa la Collaboration pétainiste, mais continua, après-guerre, de se dire antisémite. Le même jour, Laurent Joffrin, directeur de Libération, quotidien classé à gauche, choisissait, pour dénoncer Siné et ses soutiens, les mêmes références que l’éditorialiste du Figaro, à une exception près : Bernanos était remplacé par Robert Brasillach, écrivain collaborateur fusillé à la Libération.

Sans les citer précisément – ce que ne faisaient pas plus BHL et Adler –, Joffrin rendait son verdict : «On dit que les écrits de Siné ne sont pas antisémites ? Quelle blague ! Le polémiste lourdingue associe dans la même phrase le juif, l’argent et le pouvoir, en expliquant que l’alliance avec le premier vous donnera les deux autres… Si ce cliché n’est pas antisémite, alors les écrits de Drumont, de Maurras, et de Brasillach, ne le sont pas non plus». Dès la première phrase, le directeur de Libération avait désigné la cible de son courroux, au-delà du caricaturiste lui-même : «Les bataillons quelque peu cacochymes de l’extrême gauche “antisioniste”». La suite de l’article se voulait une réflexion opposant ce condamnable «antisémitisme de gauche» à la critique légitime de l’islamisme, et débouchait elle-même sur un dérapage, dont nous reparlerons : «Attaquer une religion n’est pas attaquer une race. […] On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race. […] Le fait d’être juif n’est pas un choix». Sur le site du quotidien, le mot race a, depuis, été remplacé par celui de communauté, pour la première occurrence, et par celui d’origine pour la seconde – Joffrin ayant juste admis   que «l'apparition du mot race dans un texte antiraciste n'est pas heureuse».

Une gauche contre une autre

Quelques jours plus tard, éditorialistes et commentateurs étaient rejoints par des voix plus officielles. Le 28 juillet, la ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, faisait savoir son soutien à Philippe Val, assurant dans un communiqué que «le dessin et les propos de Siné renvoient à des clichés et caricatures d’un autre temps que l’on aimerait voir disparaître à jamais», sans que l’on comprenne à quel dessin elle faisait allusion puisque la polémique a pour seul point de départ quelques lignes écrites d’une chronique manuscrite. Le même jour, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) assurait de sa solidarité le directeur de Charlie Hebdo «dont la décision fait l’objet d’une véritable campagne de haine». Le lendemain, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), dont le président, Patrick Gaubert, ancien membre du cabinet de Charles Pasqua au ministère de l’intérieur (1993-1995), est, depuis 2004, député UMP au Parlement européen, annonçait son intention de poursuivre en justice Siné, qualifiant ses propos de «poncifs de l’antisémitisme le plus éhonté».

Deux jours plus tard, le 31 juillet, une spectaculaire tribune du Monde   élargissait de façon significative le cercle des défenseurs de Philippe Val et des procureurs de Siné. Elle élargissait aussi l’objet même du procès, campant le dessinateur en récidiviste «des propos homophobes, antisémites et racistes» avec le rappel d’autres dérapages verbaux ou écrits de Siné, l’un en 1982 sur les ondes de la radio Carbone 14 – «Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer» –, l’autre de 1997 à propos de la GayPride – «Les gousses et les fiottes qui clament à tue-tête leur fierté d’en être me hérissent un peu les poils du cul» –, le troisième de 1997 également, à propos des harkis – «Traîtres à leur patrie, ils ne méritent que le mépris!» En réalité, écrivent les vingt pétitionnaires, c’est «ce qu’a écrit et dit Siné depuis trente ans» qui est en cause et «le seul tort de Philippe Val aura été de supporter ce qui, en réalité, n’était plus supportable depuis longtemps».

L’originalité de ce texte est qu’outre les BHL et Adler précédemment cités, ses dix-huit autres signataires représentent la gauche dans sa diversité plurielle, d’appartenances ou d’itinéraires, à l’exception de l’extrême. Le PS est représenté par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et par le sénateur Robert Badinter ; le PCF par Jean-Claude Gayssot, vice-président de la région Languedoc-Roussillon et, surtout, auteur de la loi de 1990 qui tend à réprimer «tout propos raciste, antisémite ou xénophobe» ; les Verts par la sénatrice Dominique Voynet. De plus, les relais ou soutiens sociétaux de la gauche de gouvernement y sont incarnés par SOS-racisme, via son président, Dominique Sopo, et par des intellectuels connus pour leurs fidélités à cette famille – la metteur en scène Ariane Mnouchkine, l’historienne Elisabeth Roudinesco, les écrivains Hélène Cixous et Fred Vargas. Enfin, les signatures emblématiques d’Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, et Claude Lanzmann, auteur du film Shoah, ajoutent au poids de ce texte.

Voici donc où nous en sommes, stupéfaits ou perdus, égarés ou divisés, en tout cas passés en un mois d’une étincelle à un incendie : des quelques lignes de Siné sur Sarkozy fils parues le 2 juillet à un aussi vaste que violent règlement de compte au sein de la gauche, d’une gauche contre une autre, acharnée à traquer – sous les masques divers de l’antisionisme, de l’anticapitalisme, de l’anticonformisme, de la provocation et de la caricature, du gauchisme ou du trotskysme – un «antisémitisme de gauche», danger à ce point immédiat que le directeur du Nouvel Observateur, Jean Daniel, s’en est emparé dans son dernier éditorial, pour à la fois le relativiser et le condamner. Au-delà des convictions de chacun sur l’affaire elle-même et sans négliger aucunement l’enjeu symbolique de l’antisémitisme, on peut douter que la gauche socialiste, déjà bien atteinte par ses divisions et ses impuissances, aura gagné à la mise au centre de ses préoccupations de cette polémique, alors même que le pays est toujours en panne d’une opposition digne de ce nom à la politique concrète du pouvoir sarkozyste.

D’autant moins que ce tsunami parti d’une vaguelette est une machine à produire de la confusion. Il semble avoir tout emporté sur son passage, tout ce qui pourrait rendre intelligible cette histoire : le respect des faits, l’exercice de la raison, la compréhension des contextes, la mise en perspective, la précision et la rigueur. C’est ce que l’on voudrait ici démontrer en s’essayant au décryptage. Car, dans ce déluge de tribunes accusatrices, on se sait plus ce qu’a écrit exactement Siné, ni pourquoi ni comment est né le conflit avec Val. Ainsi, on écrit qu’à travers ce dernier, il faut soutenir Charlie Hebdo, mais on ne dit pas que, dans le dernier numéro de l’hebdomadaire, paru le 30 juillet, son fondateur, Cavanna, et son rédacteur en chef adjoint, le dessinateur Charb, n’épousent pas le parti pris du directeur.

Un journal se réduit-il à son directeur ?

Le premier, Cavanna, écrit : «L’affaire se réduit à cela : une plaisanterie, certes dangereuse mais occasionnelle de Siné, une erreur d’appréciation de Val. Une gaminerie, une bouffée de panique. Pas de quoi fouetter un chat». Et, comble du paradoxe, Cavanna d’inviter Siné le licencié à revenir – mais comment puisque Philippe Val exclut ce scénario? – plutôt que de jouer les martyrs «d’un malentendu monté en mayonnaise». Quant à Charb, il écrit ceci, qui paraît à mille lieues de ce qu’on a lu plus haut : «Tous les protagonistes de cette histoire ont dû sérieusement merder (moi aussi) à un moment donné pour que le débat, qui s’est élargi à toute la France, tourne autour de l’antisémitisme de Siné. L’est-il, ne l’est-il pas ? A Charlie, personne n’a eu à répondre à cette question et personne n’a dit que Siné était antisémite (y compris ceux qui ne peuvent pas blairer ses chroniques), parce que ça n’a jamais été le sujet du débat. Aurait-on travaillé durant seize ans avec un antisémite ? Moi, non. Une phrase – la phrase, désormais – dans une chronique pouvait être mal interprétée par des gens de bonne foi (quelques uns) et instrumentalisée contre Charlie par des gens de mauvaise foi (plus nombreux). […] Le débat en interne à Charlie était : la phrase de Siné pouvait-elle paraître ambiguë à certains ? C’est tout. Il s’agissait de lever une ambiguïté, pas d’accrocher le panneau « antisémite » autour du cou de Siné. »

Ces citations nous rappellent utilement les particularités de la scène sur laquelle se joue ce petit théâtre de la cruauté : un journal. Un journal, c’est-à-dire le lieu par excellence de la liberté d’expression, d’information et d’opinion – de son libre exercice, de son pluralisme préservé et, surtout, de son élaboration collective. Un journal qui, par conséquent, en tant que collectif rédactionnel, ne saurait se réduire à son seul directeur. Charb y insiste : Siné est depuis le premier jour de l’aventure du second Charlie Hebdo. Et il n’aurait pas travaillé durant seize ans à côté d’un antisémite. Les dérapages opportunément exhumés par les détracteurs du caricaturiste étaient aussi publics que connus dans l’équipe, sans que jusque là on y trouve à redire. Loin de nier les plus spectaculaires d’entre eux, notamment cette désastreuse tirade antisémite de 1982, nocturne, alcoolisée et radiophonique, pour laquelle il sera condamné sur instance de la Licra, Siné s’en est soit excusé soit expliqué. De plus, rien dans ses engagements publics ne permet de l’assimiler à la récurrente mouvance rouge-brune, spectaculairement incarnée par la dérive de Dieudonné, passé de l’antifascisme militant au lepénisme criant. Enfin son ultime chronique, non publiée, pour Charlie Hebdo tout comme ses droits de réponse à Libération montrent qu’il rejette par avance les solidarités nauséabondes que pourraient lui valoir les résonances douteuses de sa phrase initiale, point de départ du conflit.

Un journal, donc, mais surtout un journal satirique, outrancier, provocateur, choquant, blasphématoire, etc. Au-delà du cas spécifique de Siné, dont le trait de dessinateur est plus généreux, voire tendre, que ne sont ses paroles ou ses écrits, on peut – c’est mon cas – ne guère supporter les registres misogyne, homophobe, antireligieux, xénophobes, racistes, etc., sur lesquels surfent, peu ou prou, avec plus ou moins de talent, plus ou moins de légèreté, les humoristes et caricaturistes de nos gauloiseries hexagonales – écrites, mais aussi radiophoniques, télévisuelles ou théâtreuses. Mais, sauf à céder à une police de l’humour et de la caricature, qui imposerait sa bienséance bornée et son conformisme bêta aux insolents, aux malséants et aux mal-pensants, tout authentique défenseur des libertés démocratiques doit ici raisonner comme le libéral Tocqueville, au mi-temps du XIXe sciècle, à propos de la jeune et excessive presse américaine : «Il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence de la presse… Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître». Cela signifie-t-il, pour autant, qu’il n’y a jamais de limites, ni lois, ni règles ? Evidemment, non. Mais elles font droit – comme l’a justement rappelé le procès gagné par Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures de Mahomet dont l’une d’elles assimilait indistinctement les musulmans à la violence – à des circonstances atténuantes, à des excuses de contexte, à des nuances d’expression.

Même à cette aune, celle non pas de nos avis subjectifs mais de la jurisprudence objective, il n’est aucunement certain que, dans ce cas d’espèce, Siné serait condamné. Ce n’est pas, en tout cas, l’avis, sur son blog, d'un magistrat qui a longtemps requis, comme procureur parisien, sur des délits de presse, Philippe Bilger, ni d’un confrère plutôt pondéré du Nouvel Observateur, François Reynaert. Car il faut bien en revenir au corps du délit, aujourd’hui noyé sous les attendus, idéologiques ou historiques. Les détracteurs de Siné soit oublient de le citer, se contentant de le résumer par l’association scandaleuse des mots «juifs» et «argent» – ce qui est leur interprétation et non sa citation –, soit sortent leurs vieux dossiers à la manière d’un casier judiciaire – ce qui témoigne d’une vision vengeresse plutôt que d’un examen serein. La phrase exacte de la chronique de Siné qui est au cœur de la polémique est celle-ci : «[Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit.» On devine, et nous l’avons écrit, ce que peut suggérer de façon subliminale cette association de la conversion au judaïsme, de l’envie de réussir et du mariage avec une héritière. Mais la justice peut-elle condamner le subliminal, qui renvoie aux mauvaises pensées ou aux idées malfaisantes des lecteurs, quand, en vérité, elle est saisie de l’explicite? Et quand l’auteur assure qu’il aurait écrit la même chose s’il s’agissait de la conversion du même jeune homme pressé à n'importe quelle autre religion ?

Fixités identitaires et dénonciations aveugles

Renvoyant tel un miroir le lieu commun du racisme, l’énoncé catégorique de cette fixité identitaire est à rebours de tous les acquis d’une culture progressiste ouverte au monde et aux autres. Dès lors, la chasse à l’antisémite subliminal, potentiel ou imaginaire, masque une régression vers l’identitaire, le clos, le fermé, l’immuable, l'enraciné. C’est la diabolique ruse de cette folle histoire: la dénonciation d’un antisémitisme ancien, que revitaliserait l’ombre portée du conflit israélo-palestinien, rend aveugle à l’émergence d’un nouveau racisme, aussi banalisé que théorisé, qui voit dans le brassage, le mélange et le métissage, le symbole même de la perdition et de la dégradation d’identités fantasmées, qu’elles soient nationales ou communautaires. Un racisme dont, évidemment, non seulement l’immigration contemporaine, maghrébine ou africaine, mais tout simplement les Français issus de notre empire colonial et de ses confettis résiduels, sont les premières victimes, dans l’ordinaire de notre indifférence collective.  
   
L’antisémitisme ne sera jamais une affaire classée, tant sa longue généalogie appelle une durable vigilance, tant la mémoire du génocide doit continuer de nous alerter sur le possible surgissement de la barbarie au cœur de la civilisation. Et il n’est pas niable que ses relents émergent parfois aux recoins de solidarités ignares ou grossières avec la cause palestinienne. Mais il n’est pas niable non plus que la fixation exacerbée sur le seul antisémitisme, au risque de l’aveuglement sur d’autres racismes, sert des dispositifs qui, loin d’apaiser les passions, les attisent au service d’une cause qui recouvre les théories les moins raisonnables des néo-conservateurs américains et des faucons israéliens. Dès lors, la peur devient la seule conseillère d’une fuite en avant dans le conflit, la guerre, l’abîme.  
   
Dans sa récente réponse aux attaques dont il est l’objet, Alain Badiou a fort clairement démonté cette mécanique. La criminalisation répétée, sous l’accusation infamante d’antisémitisme, des défenseurs estimables et respectables de la cause palestinienne – cause dont la diplomatie mondiale s’accorde à dire qu’elle a le droit pour elle mais lui en refuse toujours la réalité – fait partie de cette stratégie qui n’est rien moins qu’une politique du pire. Le sociologue Edgar Morin   en a été honteusement victime et s’en est expliqué dans un essai, Le monde moderne et la question juive (Seuil, 2006). Tout comme le philosophe Daniel Bensaïd qui a consacré à l’antisémitisme et à l’antisionisme tout un chapitre de son récent livre fort péguyste de réponse à Bernard-Henri Lévy, Un nouveau théologien B.-H. Lévy (Lignes, 2007). Tous deux sont juifs, de culture, d’histoire, de famille, et en connaissent l’ancestral prix de persécutions, mais ils se refusent à en faire une clôture ou une crispation identitaires. Tous deux, évidemment, ont signé la pétition de soutien à Siné.

http://www.soutenir-sine.org/petition/

Cet article est long, et je prie ses lecteurs de m'en excuser. Mon objectif était d'opposer un peu de rationalité factuelle à ce qui me semblait une confusion intellectuelle. Je me suis essayé à des versions plus courtes, mais je me suis vite aperçu qu'elles m'obligeaient à simplifier avant d'expliquer, bref à tomber dans les travers que je critiquais. J'ai donc fait le choix de mettre à plat cette polémique pour permettre à tous ceux qui n'en avaient pas suivi les divers méandres de connaître les arguments que j'allais ensuite m'efforcer de démonter. Cela prend de l'espace (de publication) et du temps (de lecture). Mais c'est aussi l'occasion de montrer que Mediapart défend, sur Internet, un journalisme de référence, contre la fausse évidence que le Web ne tolérerait que des formats courts, facilitant le zapping plutôt que retenant l'attention. A vous, maintenant, de nous dire si ce choix rencontre aussi vos attentes. 
J'ai agrémenté chaque page d'une reproduction d'anciens dessins de Siné, donnant un aperçu de son style et, sous l'onglet "Prolonger", je propose à votre réflexion deux vidéos de Coluche, l'une sur les juifs, l'autre sur le racisme, qui illustrent très précisément notre sujet. 

La Licra et le précédent de «Libération» - Surtout, que dire alors des phrases suivantes, publiée une semaine avant la chronique de Siné dans le quotidien Libération ? Il s’agit d’un article de Christophe Ayad et Antoine Guiral, intitulé «Sarkozy comme chez lui en Israël»  et paru le 23 juin. Après une évocation des liens familiaux de Nicolas Sarkozy, catholique non pratiquant, avec le judaïsme, on y lit ceci : «Patrick Gaubert, président de la Licra et ami de Nicolas Sarkozy, assure n’avoir jamais parlé de ces questions avec lui. “Nous partions parfois en vacances ensemble avec une bande de copains juifs, mais ne parlions jamais de religion.” Il remarque qu’aujourd’hui, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean, vient de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l’épouser. “Dans cette famille, on se souvient finalement d’où l’on vient”, s’amuse-t-il.» Nous sommes donc devant ce paradoxe que la probable source d’inspiration de Siné n’est autre que cette propagation par le président de la Licra, qui pourtant entend maintenant le poursuivre en justice, d’une information qui est présentée aujourd’hui comme une rumeur et que le caricaturiste s’est contenté de reprendre sans pratiquement y ajouter un mot, sauf ce commentaire : «Il fera du chemin dans la vie, ce petit».  
   
On doit à Delfeil de Ton, chroniqueur au Nouvel Observateur, figure du premier Charlie Hebdo et ardent défenseur de Siné, le premier rappel de ce chassé-croisé qui ajoute à la folie de cette histoire. On lui doit aussi, plus récemment, une mise au point sur un réquisitoire contre le «propalestinien» Siné du défunt Pierre Desproges, brusquement convoqué comme témoin à charge, dont il apparaît qu’il s’agissait d’un des procès pour rire de la vieille émission de France Inter, «Les flagrants délires», parodie de la justice expéditive des flagrants délits. «On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui», avait coutume de dire Desproges soulignant ainsi que la disqualification de l’outrance langagière en dérapage douteux dépend du contexte, de l’émetteur comme du récepteur, de ce qui accompagne et contredit, etc., bref de tout ce qui constitue, s’agissant d’un journal, une identité éditoriale. Il est, après tout, permis d’avoir toutes sortes de raisons de conviction, d’opinion ou d’idéologie pour vouer aux gémonies Siné. Mais un minimum d’honnêteté intellectuelle devrait faire admettre qu’en le jugeant, on juge forcément ce qu’il représente : la liberté de caricaturer, donc la liberté elle-même car, s’il n’est pas de liberté sans limites, il n’en est pas non plus sans excès – ce qu’a fort bien rappelé, dans Le Monde, l’écrivain Jean-Marie Laclavetine. 
   
Impossible dès lors d’ignorer ce fait que nombre de dessinateurs, qui souvent n’ont rien de gauchistes altermondialistes, soutiennent leur confrère, de Plantu à Tardi, en passant par Wiaz, Geluck, Pétillon, Got, Willem, Faujour, Tignous, Thouron, etc. De même que les quelques 9000 signataires de la pétition en faveur du caricaturiste   comprennent nombre de figures dont l’engagement contre le racisme et l’antisémitisme n’est guère discutable. Mais, hélas, dans l'un de ces emballements irrationnels qui – je pourrais en témoigner – n’ont pas toujours servi l’honneur de la presse, le temps des plaidoiries semble déjà dépassé et le verdict déjà rendu par les procureurs eux-mêmes. «On a tout fait à l’intérieur de Charlie pour qu’il n’y ait pas de procès, or à l’extérieur, Siné est condamné pour antisémitisme sans même avoir été jugé», confiait ainsi Charb à l’AFP le 1er août, confirmant au passage ce que Mediapart avait indiqué, à savoir que le déclencheur de la crise était la menace d’un procès du fils du président de la République. 
   
C’est cette démesure que l’on voudrait interroger, pour finir. Non seulement, comme nous avons tenté de le démontrer, elle est indifférente aux vérités de fait, leur préférant les folies d’opinion, mais, de plus, elle laisse parfois entrevoir, comme des lapsus, une vision de l’humanité fort éloignée de l’universalisme dont elle se réclame. Il n’est tout de même pas indifférent qu’au début du XXIe siècle, le directeur supposément éduqué et cultivé d’un quotidien respectable puisse écrire au fil de la plume, c’est-à-dire comme il le pense spontanément: 1. que l’on ne choisit pas sa race, 2. que l’on ne choisit pas d’être juif. Ce n’est pas seulement ignorer le b.a.ba, fort bien rappelé sur Mediapart par Thomas Heams, à savoir que les races n’existent pas et qu’évidemment, il n’y a pas de race juive, mais c’est aussi ne rien comprendre ni ne rien connaître de l’histoire juive elle-même, de la religion et des cultures qui y sont associées, de leur diversité et de leur complexité.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 15:22
Sur le blog "Mister Arkadin", dans "Le tour de Godard", un souvenir familial de Jean-Luc Godard sur l'exécution de Robert Brasillach est rappelé.
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 00:19
Dans son blog "La République des idées", Pierre Assouline mentionne à nouveau le rapport trouble de Jean-Luc Godard aux écrivains de la Collaboration, et notamment à Robert Brasillach (que questionne un blogueur us), dans "Mr Godard va à Hollywood", où il s'interroge longuement sur l'antisémitisme prêté à JLG.
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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 10:37

Dans son billet du 9 février 2009, Michel Mourlet évoque le cas Brasillach :

« Admirable Toile, et qui viendra peut-être, hélas ! à bout des censures ! Je dis : hélas, car je tiens d'abord à rendre hommage à celles-ci. Elles sont à notre connaissance le meilleur auxiliaire de la vérité. Je pèse mes mots, comme toujours. Qu'est-ce qui a le mieux porté et soutenu la pensée bouleversante de Descartes, sinon l'obligation pour le premier philosophe moderne de s'exiler, de s'avancer masqué, d'attirer ainsi sur lui l'attention de l'Europe entière ? Qui a le mieux servi la mémoire de Fouquet : quelques ravissants poèmes de La Fontaine ou  la forteresse de Pignerol ? Croiriez-vous par hasard que le destin posthume de Voltaire a été assuré par son théâtre ? Pourquoi André Chénier, que valaient bien (je les ai lus et savourés) une bonne dizaine de ses contemporains préromantiques, est-il le seul à être célébré depuis le XIXe siècle ?  Qui a permis à Flaubert de connaître des tirages qui n'auraient jamais dépassé ceux de Stendhal (du vivant de ce dernier, bien sûr), s'il n'eût bénéficié de l'appui  inestimable du procureur Pinard ? Je vais encore poser une question affreuse, et qui va me valoir de nouveaux ennemis : Brasillach serait-il plus lu en 2009 que l'auteur de la Meute, s'il n'avait été fusillé, alors qu'Alphonse de Châteaubriant a, de sa belle mort, fini son parcours en Autriche ? Et que l'on ne compte pas sur moi pour révéler qui fut dans l'Histoire l'allié le plus efficace d'Israël.

 » Donc, pour le triomphe inéluctable de la vérité, pour l'accélérer souvent, pour le renforcer toujours, vive la persécution ! Vive les censures ! »

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 17:01

Un groupe« Présence de Robert Brasillach » vient d'être créé sur Facebook, dans la catégorie « Arts et loisirs - Livres et littérature », dont voici l'adresse et la description :

- http://www.facebook.com/group.php?gid=5117493439&ref=ts ;

- « Mémoire de Robert Brasillach - ecrivain politique et romancier français.
Né en 1909 et fusillé à Fresnes le 6 Février 1945.
Ce groupe apolitique a pour ambition de faire découvrir l'œuvre romanesque, théâtrale et poétique de l'écrivain Robert Brasillach, et à appréhender la pensée politique d'une jeunesse anti-conformiste dans le contexte de l'avant-guerre et de l'Occupation.
Il permettra à toute bonne volonté de réfléchir plus en avant sur ce personnage controversé, mais à l'œuvre intensément riche.
Nouveau site des ARB : www.brasillach.ch »

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 10:32

Suite à nos billets sur Katyn, voici quelques documents audiovisuels relatifs à la Seconde Guerre mondiale disponibles sur le Réseau, où Robert Brasillach apparaît parfois fugitivement :

La visite de Monsieur de Brinon aux combattants de la LVF, Actualités Françaises, 1er janvier 1943, 10 min. 15 sec. ; INA [un autre document de l'INA]

Le massacre de Katyn, sur Dailymotion

Semaine du livre allemand, Weimer, novembre 1941 ; INA / Dailymotion.

En complément, un document sonore des Actualités dans lequel Robert Brasillach s'exprime de retour de Katyn.

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 13:19

Le "Cercle du six février" vient de mettre en ligne le texte de Brasillach que nous reproduisons à notre tour ci-dessous.


Aucun grand mouvement politique ne peut se passer du concours de la poésie. Aucun grand mouvement politique n'existe qui ne soit en quelque mesure un mouvement poétique. 

Il va de soi que ces deux assertions ne signifient point qu'une école littéraire proprement dite naît avec un régime nouveau. Mais seulement qu'un régime vivant comporte par nécessité son style de vie, et que, dans ses cérémonies collectives, dans son art collectif, on peut voir jaillir une impression esthétique en accord avec son idéologie politique. Cela a été vrai de l'architecture de Louis XIV et du cinéma soviétique. Cela est vrai aujourd'hui de l'art national-socialiste. La Troisième République française était un régime mort parce qu'elle était un régime anti-esthétique, qu'elle n'a rien créé, que ses préfets vivaient dans des meubles "copies de l'ancien", dans des palais en imitation, et que rien dans les cérémonies n'avait le moindre style.

Il n'y a point de nationalisme véritable qui ne fasse monter au-dessus de la doctrine même, et de l'action, une sorte de halo mystérieux où se reflètent toutes les puissances de la race. Dans le fascisme italien, qui ne voit combien grande est la part faite au souvenir de l'Impéro, aux figures votives jaillies du passé romain? Et dans le national-socialisme allemand, dans ces énormes cérémonies du printemps ou de l'automne, ne retrouve-t-on pas avant tout le vieux chant germanique de la fonte, du feu et de la fôret? Partout, lorsque les nations ont voulu s'éveiller de leur sommeil, elles se sont tournées vers le passé le plus lointain, et elles l'ont ressuscité, non point à la manière d'un musée, mais à la manière d'une religion toujours vivante. Le nationalsocialisme allemand en particulier a sans doute réussi avec son oeuvre "poétique" l'ensemble de spectacles les plus extraordinaires de notre temps. Le Nuremberg d'avant-guerre, ses centaines de milliers d'hommes la nuit sous le feu des projecteurs, les foules coulant en fleuves bruns et rouges, les dieux de stade, les armées composent dans notre souvenir le film le plus éblouissant qui soit. Et cela était beau non seulement par l'art qui s'y déployait, mais parce que cet art signifiait quelque chose. Constamment les puissances du sang et du sol semblaient incarnées, et la beauté n'était jamais objet d'érudition. Ainsi, dans le cadre de la vieille ville médiévale, le présent, qui tendait la main à l'avenir, en tendait une autre au passé, et l'Allemagne entière semblait présente.

Nous qui ne voulons point copier, nous qui ne voulons point imiter, mais qui savons reconnaître dans chaque expérience particulière la leçon universelle qui y est contenue, que devons-nous en conclure? Nous aussi, si nous avions un Etat, nous pourrions avoir notre poésie nationale et socialiste. Non point en ressuscitant pour les amateurs de floklore de gracieuses légendes périmées, non point en assemblant sur fiches les chansons provinciales, mais en prenant exemple sur les peuples ressuscités pour faire passer l'histoire dans le présent. Est-ce possible? Je ne sais, car il s'agit là d'une bien grande entreprise. Il faut que l'école, il faut que l'éducation, préparent à comprendre le sens des hautes cérémonies françaises que nous voudrions. Il faut peut-être nous débarrasser aussi du complexe gréco-latin qui fait que pour un poète français les argonautes sont plus naturels que les croisades, et que Jeanne d'Arc, du Guesclin ou Charlotte Corday semblent moins proches que Phèdre, que César ou qu'Antigone. Il faut revenir aux vraies sources de notre race, ce qui est un vaste travail.

Mais il est bien sûr que l'expérience nationale-socialiste, dans notre temps, aura eu le mérite singulier de faire pénétrer dans la foule les notions de beauté dont elle semblait privée. Les socialistes miteux, au cours du XIXème siècle, ont rêvé de "spectacle de masse" et cela a fini en faisant jouer par des acteurs de la Comédie-Française des pièces poussiéreuses de Romain Rolland quand ce n'était pas de Jean-Richard Bloch. Mais les vrais spectacles de masse, ils étaient à Nuremberg, où chacun participait à une action de beauté collective aussi puissante que pouvait l'être une cérémonie religieuse au moyen âge ou dans la Grèce antique. Tout ce qui avait disparu, depuis la Renaissance, de la vieille Europe était animé avec une puissance dont nous aurions eu peine à concevoir l'idée. Ce fut là un des moyens, n'en doutons pas, qui ont le mieux servi la cause nationale. N'est-ce pas une leçon pour l'avenir?

Robert Brasillach

(Texte publié dans le périodique Notre Combat - Hebdomadaire politique littéraire satirique - Numéro spécial n°42 - Avril 1943)

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