La foire de Francfort n'aura pas l'heure d'accueillir Jasmina Kuhnke et autres personnes ayant décidé de la boycotter en raison de la présence de Jungeuropa, maison d'édition stigmatisée comme nazie, notamment pour avoir édité Brasillach et Drieu :
"Jungeuropa, figure d’une nouvelle droite comme l’indique son créateur, Philip Stein, incarne une mouvance identitaire autant que nationaliste. Parmi ses hauts faits d’édition, la publication et traduction d’auteurs comme Pierre Drieu La Rochelle, écrivain notoirement fasciste, ou Robert Brasillach, un ancien membre d’Action française, condamné et fusillé pour avoir collaboré."
Rappel : autant Alexis Chevarnay s'efforce de maintenir en vie la page Youtube présentant les entretiens menés par "Des Paluches & des Bouquins", autant les contributions proprement littéraires sont plutôt accessibles sur la page Odysee ou sur d'autres plateformes :
Quand un responsable du Rassemblement national (Philippe Ballard) se déclare capable de citer du Brasillach à l'antenne, après avoir paraphrasé Charles Maurras : https://www.dailymotion.com/video/x856bgh (à Bistro Libertés, le 29 octobre 2021, 86ème minute), l'un des convives, Pierre Gentillet, le met ironiquement en garde : "Brasillach, vous allez loin, attention" ; l'animateur, Martial Bild, renchérissant : "vous n'allez pas rester longtemps".
On notera que Philippe Ballard mentionne aussi Céline, nom qui ne suscite pour sa part aucune réaction - parce que trop consensuel ? inoffensif en tout cas, apparemment - au demeurant, le numéro hors série de Valeurs actuelles sur les "Écrivains maudits" mentionné par Martial Bild met classiquement l'un en vedette plutôt que l'autre, ce qui peut se concevoir en matière de littérature, moins en ce qui concerne la définition qui pourrait être donnée à la notion d'"écrivains maudits").
A paru dans le n°9 de Zentro Mag ("Journal d'expression non-conforme" dirigé par Xavier Eman) un article de Patrick Wagner (directeur de publication de la revue littéraire Livr'Arbitre) sur « Robert Brasillach ou l'éternelle jeunesse ».
Les deux volumes de souvenirs de Robert Brasillach viennent d'être réédités chez Pardès :
-Notre avant-guerre (préface de Peter Tame ; note, notices et iconographie par David Gattegno) ;
« "On n'a pas coutume d'écrire ses Mémoires à trente ans", déclare Robert Brasillach dans son propos liminaire à Notre avant-guerre. Mais, lorsque l'on mourra cinq ans plus tard...
Rédigé pendant ses loisirs forcés des premiers mois sur la ligne Maginot - entre septembre 1939 et mai 1940 -, Notre avant-guerre est, en reprenant les mots qu'il emploiera pour Le Voleur d'étincelles, « un album d'images » d'avant la Deuxième Guerre mondiale ; il s'attache à la richesse et à la variété du Paris des années 1920 et 1930. Apparaissent dans le panorama nombre de personnalités, artistiques, littéraires et politiques, bien connues, ainsi que d'autres, qui le sont moins. Les événements majeurs sont commentés par un fin observateur, lucide, qui sait relever le trait saillant des choses. Il s'agit de l'histoire sociale, politique, voire spirituelle, d'un temps, qui, pour révolu qu'il soit, n'en paraît pas moins bien proche de notre époque, temps fertile en talents de toutes sortes, en idées et en crises. Ces mémoires constituent encore une source d'informations incomparable et incontournable pour ces temps critiques de l'histoire de la France, pour cette période qui n'a pas fini de peser son poids de conséquences sur la nôtre.
L'auteur raconte ses écoles (le lycée Louis-le-Grand et l'École normale supérieure des années 1920), son entrée dans le monde journalistique, son engagement politique (surtout à partir du 6 février 1934), ses voyages - en Belgique, en Italie, en Allemagne et en Espagne -, sur un mode pénétré de nostalgie pour ce qui est perçu comme voué à disparaître. Il admet volontiers que c'était un monde troublé, mais dans lequel lui et sa génération ont vécu ce qu'il appelle « notre jeunesse » selon « les biens les plus précieux » de cet âge : « la fantaisie, l'ironie, la bohème, l'insouciance du lendemain ». Toutes ces « images » d'avant-guerre sont évoquées dans une prose lyrique, quasi poétique, qui ne manquera pas d'enchanter le lecteur d'aujourd'hui. »
- Journal d'un homme occupé (préface de Cécile Dugas) ;
« Robert Brasillach concevait le Journal d'un homme occupé comme une suite à Notre avant-guerre. Ces deux œuvres relèvent du genre des mémoires, dans lequel excelle l'écrivain, très sensible à tout ce qui fait l'atmosphère d'une époque ou d'une année. Cependant, il existe une différence non négligeable entre les deux chroniques. Notre avant-guerre est une oeuvre achevée et revue par l'auteur lui-même, qui en vit la parution de son vivant, en 1941. Le Journal d'un homme occupé, en raison de la fin tragique de Robert Brasillach, est un ensemble de textes, tous écrits par lui, certes, mais dont le montage a été réalisé, après sa mort, selon les instructions qu'il avait laissées. Les éditions Les Sept Couleurs en assurèrent la première publication, en 1955.
Le Journal n'en est pas pour autant une oeuvre mineure. De bons juges ont vu en lui un document historique de première importance. Il regorge, en effet, de notations qui révèlent, sans tricherie ni arrangement a posteriori, l'état d'esprit et le comportement des Français, depuis la défaite et l'armistice de juin 1940 jusqu'aux mois de l'Épuration en 1944-1945.
Le Journal permet aussi de comprendre l'itinéraire politique de Robert Brasillach durant l'Occupation. Cette oeuvre éclaire, en particulier, ce qu'a représenté la captivité pour l'écrivain : non seulement une épreuve personnelle, qui l'a séparé de son propre passé, mais aussi une épreuve pour la France, déjà saignée à blanc par la Grande Guerre et de nouveau privée de milliers d'hommes retenus prisonniers. Pour faire revenir les captifs, pour lutter contre la malfaisance sans égale du communisme, dont la vision de Katyn l'a plus que jamais convaincu, Robert Brasillach en appelle à une entente entre la France et l'Allemagne et, pour l'avenir, à une Europe des nations, respectées dans leur diversité.
Et puis, en sourdine, sans ostentation mais sans ambiguïté non plus, l'écrivain laisse parler sa foi catholique, dont les Poèmes de Fresnes seront l'aboutissement, à la fois douloureux et lumineux. »
- par Bernard Cattanéo, Courrier de Gironde, 2 octobre 2020, p.11 ;
- « Notre avant-guerre de Brasillach » (rendant aussi compte du Théâtre complet et de Traductions de Shakespeare), par Robert Spieler, Rivarol, n°3441, 7 octobre 2020, p.10-11 ;
- par Olivier Maulin, Valeurs actuelles, n°4382, 19 novembre 2020, p.61 ;
- « Témoin oublié », par Philippe Mesnard, Politique Magazine, n°197, décembre 2020, p.52 ;
« Nostalgie et fascisme », par Ange Appino, L'Incorrect, n°37, décembre 2020, p.78.
Sous son allure paisible et mémoriale, Animateurs de théâtre est une bombe à retardement : ce court essai, publié en 1936 au milieu d'un tohu-bohu politique et social, ne pouvait évidemment connaître le retentissement qu'il eût mérité ; mais aujourd'hui, nous sommes à même de mesurer la nouveauté bouleversante que Brasillach apportait sur la place publique à la compréhension des arts dramatiques. (Le cinéma aussi l'a beaucoup occupé.)
Dès le début des années 30, encore étudiant, il est le premier à avoir clairement pris conscience du rôle dévolu depuis André Antoine et Lugné-Poe au metteur en scène-thaumaturge ; puis à en avoir défini les lignes de force. Ce qui revenait à Louis Jouvet (une « poésie de l'intelligence », écrit-il notamment) dans une représentation de Molière ou de Giraudoux n'était alors évident que pour une poignée d'artisans et de théoriciens de la scène. Nous qui sommes nés dans le culte du metteur en scène et du chef d'orchestre, nous avons peine à croire que jusqu'à la fin du XIXe siècle, et souvent encore dans le premier tiers du XXe, seuls l'auteur de la pièce et ses interprètes se partageaient l'affiche avec la gloire.
Ce culte, voire ses excès, c'est à ce jeune critique fou de théâtre que nous en devons le premier témoignage. Document irremplaçable, trace d'autant plus précieuse que c'est l'unique souvenir - ô combien vivace ! -, l'unique tableau d'ensemble, réfléchi et complet, que nous possédions des travaux et des jours, et surtout des personnages : Copeau, Dullin, Jouvet, Baty, Georges et Ludmilla Pitoëff, Raymond Rouleau en ses débuts, qui ont marqué, incendié plutôt d'un feu de joie inventive, les tréteaux de cet « avant-guerre » dont Brasillach demeure à tous égards un témoin capital.
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A noter : note au texte et iconographie par David Gattegno.
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Comptes rendus :
- par Louison Tellier, Présent, 28 décembre 2019, p.10 ;
- par Robert Spieler, Présent, n°3415, 11 mars 2020 ;
- par Remi Soulié, Éléments, n°185, août-septembre 2020, p.22.
Comptes rendus de "Chronique du 7e art", recueil d'articles sur le cinéma de Robert Brasillach, paru en février 2020 aux éditions Auda Isarn, préfacé Philippe d'Hugues :